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L'Ukraine joue la décentralisation sous la pression gazière de Moscou

02/04/2014 11:02 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

Les autorités pro-européennes de Kiev ont affiché mercredi leur volonté d'une "décentralisation" au profit des régions, loin cependant de la "fédération" qui selon Moscou peut seule garantir la protection des populations russophones, à la veille de nouvelles négociations sur les livraisons de gaz russe.

Le gouvernement intérimaire a adopté le principe d'une "décentralisation du pouvoir et d'une extension importante des pouvoirs des collectivités locales," pour "concilier les intérêts des communautés nationales et locales" selon un texte posté sur son site.

Une annonce qui intervient alors que Moscou a massé des milliers de soldats à la frontière orientale de l'ex-république soviétique, près des régions où vit une importante population russophone que le président Vladimir Poutine a promis de défendre "à tout prix", faisant surgir le spectre d'une invasion russe.

Le plus haut gradé de l'Otan, le général américain Philip Breedlove, qui dirige les forces américaines et celles de l'alliance en Europe, a selon des médias anglo-saxons mercredi jugé "incroyablement inquiétante" cette présence massive de troupes russes le long de la frontière ukrainienne.

Depuis le renversement du président Viktor Ianoukovitch fin février, après son revirement sur un rapprochement avec l'Union européenne et son alignement sur le Kremlin, de vives tensions sont apparues dans les régions russophones du pays et la Russie a absorbé le mois dernier la péninsule de Crimée.

M. Ianoukovitch a déclaré mercredi ne "pouvoir accepter" ce rattachement de la Crimée à la Russie, tout en rejetant la responsabilité de cette perte sur les nouvelles autorités de Kiev.

La proposition de "décentralisation" rejoint une recommandation de plusieurs pays occidentaux et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Elle répond aussi au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a lancé l'idée d'une "fédéralisation" de l'Ukraine comme permettant de "protéger les droits de ceux qui vivent en Ukraine, et principalement de la population russe", idée aussitôt dénoncée par Kiev comme une manoeuvre pour une "partition" du pays.

Elle intervient à la veille de pourparlers à Moscou sur les livraisons de gaz russe, dont la Russie a fait une arme dans son bras de fer avec Kiev, qui dépend pour les trois-cinquièmes de ces livraisons.

- Plus de ristourne -

Mardi, le géant russe Gazprom avait annoncé la fin du rabais accordé en décembre à Kiev en échange de son renoncement à un accord avec l'Union européenne, augmentant le prix de plus d'un tiers, à 385,5 dollars les 1.000 mètres cubes.

Et jeudi, le patron du groupe gazier ukrainien Naftogaz, Andriï Kobolev, doit discuter avec celui de Gazprom, Alexeï Miller, sous la double menace d'une dette de 1,7 milliard de dollars et d'une nouvelle hausse.

La Russie entend en effet mettre fin à une autre ristourne de 100 dollars, accordée en 2010 lors d'un accord sur la prolongation du bail de la Flotte russe de la mer Noire dans sa base historique de Sébastopol, en Crimée.

Cela ferait passer le gaz russe à environ 480 dollars les 1.000 mètres cubes, l'un des tarifs les plus élevés appliqués aux pays européens.

Une nouvelle augmentation à laquelle le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a dit s'attendre, mais qu'il a qualifiée de "violation du droit international", alors même que l'Ukraine est en pleine crise économique et dépend d'une aide vitale du FMI négociée la semaine dernière.

La patronne du FMI, la Française Christine Lagarde, a d'ailleurs mis en garde sur les graves "retombées" que la crise ukrainienne pourrait avoir sur l'économie mondiale si elle n'était "pas bien gérée".

A Bruxelles, l'UE et les Etats-Unis ont dénoncé l'utilisation de l'énergie comme "arme politique ou instrument d'agression".

Des difficultés qui "soulignent la nécessité d'assurer la sécurité énergétique, pas seulement de l'Ukraine, mais aussi de l'Europe", pour le secrétaire d'Etat américain, John Kerry.

Le milliardaire ukrainien Petro Porochenko, favori des sondages pour l'élection présidentielle du 25 mai, a, lui, appelé dans le quotidien allemand Bild à retourner l'arme énergétique en boycottant le gaz russe, ce qui "mettrait la Russie économiquement à genoux".

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