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Le port de Buenaventura, triste vitrine des violences en Colombie

02/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

Extorsions, menaces, tortures, meurtres : tel est le lot quotidien de Buenaventura, le principal port colombien de la côte Pacifique, devenu, avec 87 morts depuis le début de l'année, la triste vitrine des violences d'un pays où pullulent les groupes armés illégaux.

Dans le quartier pauvre de Lleras, la petite chapelle s'est convertie en un espace de mémoire pour les centaines de victimes de la guerre que mènent notamment deux bandes criminelles, baptisées "Los Urabeños" et "La Empresa", pour contrôler cet axe stratégique pour l'acheminement de la cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial avec le Pérou.

"Cette zone a été totalement livrée à la violence. Il fallait se cacher tous les jours des coups de feu", raconte à l'AFP Mery Medina, 50 ans, coordinatrice au sein de la chapelle d'un groupe de mères, soeurs ou épouses ayant perdu un proche. L'un de ses pire souvenirs : le massacre de cinq personnes qui "étaient en train de jouer au domino".

Sur les murs de la chapelle s'étale une série de 130 photos de défunts ou disparus, pour la plupart des hommes jeunes.

"On sait que des gens se font tuer, mais leurs corps ne sont jamais réapparus. Ensuite toute la famille périclite car ils étaient leur moyen de subsistance", poursuit Mery.

Situé à environ 550 km à l'ouest de Bogota, le port de Buenaventura, qui compte environ 350.000 habitants, a récemment connu une recrudescence de la violence, conduisant le président colombien Juan Manuel Santos à envoyer 1.100 militaires supplémentaires.

Le narcotrafic y constitue la principale source de violence qui met en scène à la fois des bandes criminelles et des guérillas comme celle des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

Les négociations de paix ouverte depuis novembre 2012 avec cette rébellion la plus ancienne d'Amérique latine, fondée il y a près d'un demi-siècle, n'ont pas amélioré la situation. Au contraire, elles semblent avoir renforcé les luttes de pouvoir.

- "Pas d'alternative positive" -

Depuis le début de l'année, le bilan s'est brutalement dégradé : 87 morts, huit disparus et plus de 1.000 déplacés, selon le Défenseur du peuple, médiateur public chargé de veiller aux droits des citoyens.

Chaque jour des dizaines de soldats parcourent les rues à pied, à moto ou en char le quartier de Lleras, parsemé de masures en bois sur pilotis, où vit principalement une communauté d'origine africaine, la plus défavorisée du pays.

"Pour assurer leur couloirs d'acheminement de la drogue, les gangs s'en prennent à la population", explique à l'AFP Pablo Romero, le commandant de la Force navale du Pacifique, tout en expliquant que la hausse des saisies de drogue a incité les trafiquants à se rabattre sur les habitants.

"Les gens pâtissent d'extorsions qui peuvent même avoir lieu dans la rue ou dans les petits commerces", souligne-t-il.

Au-delà des renforts militaires, des associations civiles tentent également de pacifier le port colombien, en envoyant des habitants venus d'autres régions agitées par le conflit armé, afin de porter la bonne parole.

L'objectif est surtout d'éloigner les plus jeunes de la culture des armes et de la drogue. Les discours n'ont rien de solennels et s'invitent dans des manifestations festives.

L'enjeu est d'importance comme le rappelle à l'AFP Beto Sandoval, un défenseur communautaire, en insistant sur la pression mise par les bandes criminelles sur les jeunes : "Elles leur donnent trois options : rejoindre la bande, partir de Buenaventura ou se faire tuer".

L'évêque Hector Epalza évoque aussi le cycle vicieux que vivent les plus vulnérables. "Comme il n'y a pas de source de travail, il n'y a pas d'alternative positive", explique le religieux, qui, comme beaucoup d'autres habitants, a été témoin direct d'un drame.

Alors qu'il organisait une marche contre la violence l'an dernier, le cortège a découvert à la fin du défilé la réponse des bandes criminelles, "le corps démembré d'un jeune de 23 ans". En signe d'avertissement, les membres avaient été disséminés dans plusieurs secteurs de la ville.

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