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Le bouillonnant Arnaud Montebourg, héraut du "Made in France" et ministre de l'Economie

02/04/2014 12:42 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

Le bouillonnant porte-drapeau du "Made in France", Arnaud Montebourg, coutumier des piques contre Bruxelles, l'Allemagne et les patrons de groupes internationaux, va diriger un ministère de l'Economie chargé d'enrayer le déclin industriel de la France et promouvoir l'innovation numérique.

A 51 ans, il prend les commandes d'un grand pôle regroupant Economie, Redressement productif et Numérique, mais pas les Finances, qui reviennent à son collègue Michel Sapin.

Déjà ministre dans le précédent gouvernement, il profite de la montée en puissance de l'aile gauche du parti socialiste au sein du gouvernement pour contrebalancer le nouveau Premier ministre Manuel Valls, souvent qualifié de "socialiste de droite".

Et le nouveau partage des tâches avec Michel Sapin aux Finances devrait éviter à Arnaud Montebourg de porter la voix de la France à l'étranger, en particulier à Bruxelles, siège de la Commission européenne.

"Bruxelles ? Des connards", affirmait-il sans ambages dans le Monde magazine en août 2013.

Les commissaires européens ne sont pas les seuls à faire les frais des diatribes d'Arnaud Montebourg, ancien premier prix de rhétorique alors qu'il était jeune avocat. La chancelière allemande Angela Merkel a été comparée à l'autoritaire chancelier prussien Bismarck. Le ministre s'est également vanté d'en "avoir mis une" à Lakshmi Mittal, patron du géant sidérurgique.

Il avait même accusé son chef de gouvernement Jean-Marc Ayrault de gérer la France "comme le conseil municipal de Nantes", lorsque l'ancien Premier ministre avait écarté son idée d'une nationalisation des hauts-fourneaux d'ArcelorMittal en Lorraine (est).

Peu de chances que son successeur à Matignon, Manuel Valls, tolère de tels écarts de langage : M. Valls avait indiqué à l'époque que, Premier ministre, il n'aurait "sans doute" pas gardé un tel ministre à son poste.

Mais malgré ces éclats, l'ancien député de Saône-et-Loire (centre) est demeuré au gouvernement.

Après avoir joué les pompiers de service volant au secours des ouvriers menacés de licenciement dans tout le pays, cet ancien avocat, moqué par ses adversaires pour ses effets de manche, qui avait endossé la marinière pour soutenir le "made in France", a enfilé le costume-cravate de ministre pour défendre une industrie nationale délaissée depuis des années.

- "Monsieur industrie" -

Et de multiplier les coups de gueule contre l'euro fort, de pester contre "l'intégrisme" de Bruxelles, de s'en prendre aux banques pour une soutien insuffisant aux entreprises.

Il a également pris fait et cause pour les industriels dans le débat brûlant sur le gaz de schiste, s'attirant les foudres des écologistes et, une fois de plus, de M. Ayrault, qui l'avait recadré l'été dernier.

A peine deux mois plus tard, à la rentrée, il se trouvait à l'Elysée au côté de François Hollande pour lancer en grande pompe les 34 plans pour bâtir la "nouvelle France industrielle".

Un projet ambitieux qui lui a permis de se mettre une importante partie de l'industrie dans la poche. "Son avantage certain est qu'il est un des rares à être compris dans l'opinion quand il s'exprime. L'opinion est son seul bouclier", a expliqué l'un de ses proches, Malek Boutih, député socialiste de l'Essonne.

Pour séduire l'industrie, même méthode et même résultat: "Trente ans que la France n'avait pas eu un vrai ministre de l'industrie (...). Et il aura fallu attendre un gouvernement de gauche pour voir enfin ce jour arriver", s'est félicité récemment le magazine L'Usine nouvelle, dans un éditorial élogieux, à l'unisson d'une grande partie du secteur.

Nombre de patrons lui sont aujourd'hui reconnaissants d'avoir remis l'industrie au centre de la politique nationale, même s'il a été aussi critiqué par ceux qui jugent qu'il est à plusieurs reprises sorti de son rôle.

Moins de deux ans après son arrivée au gouvernement, ce n'est plus uniquement son poids au parti socialiste qui a pesé, mais plutôt une stature de "Monsieur industrie".

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