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Des ONG demandent la mise en examen de Barril pour complicité de génocide au Rwanda

02/04/2014 06:33 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

Plusieurs ONG ont demandé au juge parisien instruisant leur plainte la mise en examen de l'ex-officier français de gendarmerie Paul Barril pour complicité de génocide au Rwanda, a-t-on appris mercredi.

L'instruction, qui vise aussi depuis juin 2013 des faits présumés de "complicité de crimes contre l'humanité", porte sur un contrat d'assistance militaire conclu par l'ex-officier de gendarmerie avec le gouvernement intérimaire rwandais (GIR) pendant les tueries de 1994, alors qu'un embargo international avait été imposé par l'ONU.

Dans une déclaration à l'AFP, le capitaine Barril, qui vit à Londres, a dénoncé de "nouvelles attaques toujours orchestrées par le même petit groupe de personnes, toutes proches du pouvoir rwandais".

Survie, la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et la Ligue des droits de l'Homme (LDH), les trois ONG plaignantes, ont adressé le 28 février au juge du pôle "crimes contre l'Humanité" de Paris une demande d'acte.

"Les trois associations ont estimé qu'il existait aujourd'hui des indices graves ou concordants de la participation de Paul Barril à ces faits et donc en conséquence, ont demandé au juge d'instruction de permettre à M. Barril de se défendre, c'est-à-dire qu'il soit mis en examen en raison de sa complicité de génocide", a déclaré mercredi un des avocats de Survie, Me Eric Plouvier, lors d'une conférence de presse de cette association.

La demande d'acte s'appuie notamment sur une enquête du Nouvel Observateur, qui avait accusé en février M. Barril d'avoir "apporté un concours actif aux extrémistes Hutus responsables de l'assassinat de 800.000 Tutsis".

Les associations demandent les auditions de plusieurs Rwandais susceptibles d'expliquer les raisons de la présence au Rwanda de M. Barril en 1994, ainsi que de plusieurs personnes qui l'y auraient accompagné, et que Le Nouvel Observateur présentait comme des "barbouzes".

Le contrat d'assistance militaire, d'une valeur de 3,13 millions de dollars, avait été signé le 28 mai 1994 entre M. Barril et l'ancien Premier ministre du GIR, Jean Kambanda, qui sera quelques années plus tard condamné pour sa participation au génocide à la réclusion criminelle à perpétuité par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Ce contrat portait notamment sur la livraison de quantités très importantes de munitions, obus, mortiers et de grenades, selon la plainte des ONG que l'AFP a pu consulter.

Selon les plaignants, il ne sera que partiellement exécuté, du fait du déclenchement de l'opération militaire française Turquoise, mais M. Barril sera payé à hauteur de 1,2 million de dollars.

Pour Paul Barril, la sortie prochaine de son livre sur le Rwanda dans lequel il désigne le président rwandais Paul Kagame "comme le seul commanditaire" de l'attentat commis le 6 avril 1994, explique la demande de ces trois ONG.

Le capitaine Barril soutient depuis vingt ans que Paul Kagame a organisé l'attentat dans lequel ont été tués le 6 avril 1994 les présidents rwandais et burundais, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira après que leur avion qui s'apprêtait à atterrir à Kigali, eut été abattu par un missile SAM-16.

Cet attentat a été l'élément déclencheur du début du génocide, dès le lendemain, de 800.000 Tutsi et Hutus modérés qui ont tués par des extrémistes Hutus pendant les trois mois suivants.

Ancien numéro 2 du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) dont il avait participé à la création en 1974, Paul Barril s'est dans les années 1980 reconverti dans la sécurité privée. Il conseille plusieurs États arabes du Golfe en matière de sécurité et de contre-terrorisme.

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