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Risque de bras de fer entre la France et Bruxelles sur les déficits

01/04/2014 10:15 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

La zone euro et la Commission européenne ont envoyé mardi un message de fermeté à la France, avec laquelle existe un risque de bras de fer sur les déficits avec le nouveau gouvernement Valls.

Réunis en Grèce, qui assure la présidence semestrielle de l'UE, les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au versement d'une nouvelle tranche d'aide cruciale de 8,3 milliards d'euros à ce pays, en l'exhortant à poursuivre ses réformes.

Mais l'actualité en France s'est invitée dans la réunion, à laquelle n'a pas assisté le ministre français Pierre Moscovici, dont le sort n'était pas encore scellé mardi.

Lundi soir, en annonçant la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre après la déroute de la gauche aux élections municipales, le président François Hollande a affirmé que le nouveau gouvernement aura "à convaincre l'Europe" que la "contribution de la France à la compétitivité, à la croissance, doit être prise en compte dans le respect de nos engagements".

Paris a obtenu deux ans supplémentaires, jusqu'en 2015, pour ramener son déficit public sous la barre des 3%. Mais cet objectif semble de moins en moins atteignable, après la publication d'un déficit public 2013 à 4,3%, au-dessus des prévisions du gouvernement.

Les responsables français n'avancent plus de date pour le retour du déficit sous les 3%.

Interrogé sur une éventuelle demande de la France d'un nouveau délai pour ramener son déficit dans les clous européens, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a jugé mardi qu'il ne fallait "pas spéculer". Mais il a aussitôt invité Paris à "respecter ses engagements".

Le commissaire européen chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, a enfoncé le clou en tenant à "rafraîchir les mémoires". Il a rappelé que "le délai donné à la France" avait déjà "été prolongé deux fois".

"J'ai hâte de recevoir le programme de stabilité" et de réformes "de la France dans les prochaines semaines", a-t-il insisté, jugeant "essentiel que le pays agisse de manière décisive pour assurer la soutenabilité de ses finances publiques à long terme, et pour résoudre les entraves bien connues à la compétitivité et à la croissance".

- "Réorientation de l'Europe" -

Bruxelles, qui martèle ce discours depuis de longs mois, vient de placer la France sous surveillance renforcée en raison de son manque de compétitivité et de son déficit, qui font "peser un risque sur l'ensemble de la zone euro".

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, un des poids lourds du gouvernement sortant et très hostile à la Commission européenne, a de nouveau plaidé pour une "réorientation de l'Europe". "Pour l'instant, c'est elle qui nous réoriente, dans un sens +austéritaire+ et dogmatique alors qu'il nous faut du pragmatisme", a-t-il ajouté mardi.

S'agissant de la Grèce, la zone euro effectuera un versement de 6,3 milliards d'euros fin avril, afin que le pays puisse faire face à des obligations de remboursement en mai. Il y aura ensuite deux tranches de 1 milliard d'euros en juin et en juillet, à condition qu'Athènes mette en place un certain nombre de réformes.

Bruxelles en a profité pour saluer "les efforts immenses réalisés par la Grèce depuis deux ans". "Aujourd'hui l'économie du pays est en train de se stabiliser et nous tablons sur un retour de la croissance et une reprise progressive de l'emploi cette année", a dit M. Rehn.

La zone euro a refusé de se prononcer sur une nouvelle aide à la Grèce. Le deuxième plan d'aide "court jusqu'à la fin de l'année, et nous déciderons plus tard cette année si une aide supplémentaire est nécessaire", a résumé M. Dijsselbloem.

En attendant, des milliers de personnes ont manifesté mardi soir dans le centre d'Athènes contre les politiques de rigueur, selon une source policière. Mais ils ont été tenus à l'écart du bâtiment où se tenait la réunion des ministres européens des Finances, entouré de mesures de sécurité draconiennes.

Des syndicats ont également participé à cette manifestation pour marquer leur opposition à une loi-cadre controversée adoptée de justesse dimanche par le parlement grec, et qui a permis mardi le déblocage de l'aide européenne.

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