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«Déjoué par le cancer» d'Albert Ladouceur: Dieu va recevoir un appel aujourd'hui (ENTREVUE)

01/04/2014 01:27 EDT | Actualisé 01/04/2014 01:27 EDT
Courtoisie

L’homme va mourir, mais contrairement à vous, il sait quand. Pourtant, le journaliste sportif du Journal de Québec, Albert Ladouceur, est tout sourire assis au fond du restaurant. Il sort du bureau de son médecin. Les nouvelles sont bonnes, le monstre ravageur s’est stabilisé. «Aujourd’hui», lance-t-il, «Dieu va avoir un coup de téléphone, c’est sûr.» Albert est croyant.

La guillotine est tombée le 12 août 2013: un cancer mortel du pancréas. Mais contrairement à la guillotine, il vous tue tout en vous laissant la vie, quelques mois, quelques années. Une fatalité pour Albert Ladouceur, qui a perdu sa mère à l’âge de cinq ans, et sa première femme d’un cancer. «T’acceptes pas quelque chose qui te tue, tu t’adaptes.»

S'adapter au lieu d'accepter

«J’ai ressenti une joie malsaine à l’idée de devoir faire de la chimiothérapie. Je ne pouvais la refuser (…) jeter l’éponge aussi facilement aurait équivalu à un suicide planifié.» C’est en ces mots que le journaliste raconte dans son livre Déjoué par le cancer sa propre adaptation. «Je me suis fait malalologue», raconte-t-il dans un éclat de rire, «d’abord pour m’occuper l’esprit, mais surtout pour apporter du réconfort à d’autres malades.»

Entre ses frustrations, sa colère, sa détresse, quelques moments de bonheur. À lire son livre, on comprend vite que «la colère ne doit pas être permanente, elle pourrait plonger dans une profonde dépression qui risquerait de gâcher les jours qui restent à l’agenda». Éviter de gâcher le bonheur, c’est là le défi. «Les petits bonheurs se dégustent à la cuillère si on s’y attarde», et puisque le décompte est commencé, il faut s’y attarder, conseille-t-il.

Bien sûr, les grands rêves sont devenus microscopiques. «L’hôpital a remplacé les hôtels où je rêvais de séjourner», compare-t-il. Une réalité qui rattrape aussi sa nouvelle épouse qui l’accompagne. «Le cancer se paie un coup double», affirme celui qui fréquente les salles de traitement de chimiothérapie trois jours aux deux semaines. Mais au moins, il n’est pas seul. Il en a connu qui «souffraient d’avantage de leur solitude que de leur maladie», constate-t-il avec empathie. Ce livre est aussi pour eux.

Je me souviens

De sa carrière, il relate sa rencontre avec Mohamed Ali, «le seul athlète à qui j’ai demandé un autographe». Ou ce jour où Peter Stasny a «éclaté en sanglots» après avoir appris son échange au New Jersey. C’est le célèbre 26 qui écrit la préface du livre de son ami «Alberte» (prononcé à la slave). Ils se sont promis d’assister au premier match du retour des futurs Nordiques. Pour le reste, «ma dernière chronique est déjà écrite, elle va être publiée le lendemain de ma mort», nous confie-t-il. Comme quoi le métier survit à tout.

Et Dieu là dedans ?

«Écrire sur la spiritualité aura été le plus difficile à cause du jugement des autres», admet-il. «J’étais bloqué ben dur. S’affirmer croyant demande du courage. Je plains ceux qui apprennent que leurs jours sont comptés, mais qui ne croient ni en Dieu ni en la vie dans l’au-delà.» Ça explique peut-être le pardon demandé à des proches avant de partir. Mais d’ici la grande rencontre, Albert Ladouceur enfile les gants et monte dans le ring contre le champion du monde de la mort. Et pour l’heure, le commentateur n’a d’autre choix que de dire: «Il faut que le champion se réveille, il est en difficulté présentement.»

Souvenirs des Nordiques de Québec