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Allégations de financement illégal : Marois dénonce un acte de vengeance

01/04/2014 11:34 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

La chef du Parti québécois nie catégoriquement les allégations de financement illégal qui touchent son mari. « Nous sommes en face de quelqu'un qui veut se venger et qui souhaite stopper le ménage entrepris par mon gouvernement », a estimé Pauline Marois au lendemain des révélations de Radio-Canada.

Selon une déclaration assermentée d'un homme d'affaires obtenue par l'équipe d'Enquête, Claude Blanchet aurait sollicité deux dirigeants de firmes de génie-conseil en 2007 et en 2008 pour financer les campagnes politiques de sa femme. Certains de ces dons ont été faits par des prête-noms.

« Cette personne qui se cache et qui a manifestement été impliquée dans la collusion souhaite sans doute le retour aux libéraux », plus laxistes dans la lutte contre la corruption, juge Mme Marois.

« Ce que j'ai dit, c'est qu'il est étonnant qu'à sept jours des élections, quelqu'un, tout d'un coup, ait des remords de conscience », ajoute-t-elle, en précisant qu'elle ne remet nullement en cause le travail du journaliste Alain Gravel.

La chef péquiste reconnaît que son mari a sollicité occasionnellement des dons pour le PQ dans le passé. Mais il ne l'a pas fait pour sa campagne à la direction de 2007, assure-t-elle.

Selon Mme Marois, son parti s'est « fait des ennemis » en s'attaquant à la collusion au cours des 18 derniers mois.

« Au gouvernement, nous avons adopté des lois très sévères, dont la loi 1 sur l'intégrité dans l'octroi des contrats. On nous en a beaucoup voulu, parce que plusieurs personnes ont beaucoup perdu », dit-elle.

Mme Marois note également que c'est le PQ qui a limité les contributions politiques annuelles à 100 $ par électeur, en vigueur depuis le 1er janvier. La mesure visait justement à combattre le financement occulte des partis politiques par l'utilisation de prête-noms. Le plafond de ces contributions avait été abaissé une première fois en 2010 par le gouvernement Charest, de 3000 $ à 1000 $.

Peu de moyens de vérification

« Nous nous assurons toujours, y compris mon mari, qu'il n'y a pas d'utilisation de prête-noms », dit Mme Marois.

Les moyens d'y arriver semblent toutefois limités. Un don est accepté si le chèque est lié à un compte personnel et à une adresse valide, mais rien ne prouve que la contribution n'a pas été remboursée par la suite.

Il est connu que certaines entreprises ont utilisé des prête-noms pour faire des dons aux partis politiques.

Selon le rapport Moisan publié en 2006, des « contributions déguisées », c'est-à-dire faites par des individus et remboursées par Groupaction, ont été versées sur une période de plusieurs années au Parti québécois et au Parti libéral du Québec.

Le groupe Axor a également reconnu en 2010 avoir utilisé des prête-noms pour verser plus de 150 000 $ au PLQ, au PQ et à l'Action démocratique du Québec.

Blanchet doit s'expliquer

Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, demande à Claude Blanchet de s'expliquer, mais se fait prudent en affirmant qu'il « n'assume pas la culpabilité de qui que ce soit ».

Il rappelle cependant que le PQ aime bien se présenter comme le champion de l'intégrité. « On donnait beaucoup de leçons aux autres depuis deux ou trois ans. Souvenez-vous du foulard blanc. Le foulard blanc est singulièrement taché, troué même. On le voit aujourd'hui », dit-il.

Il souligne par ailleurs que l'environnement du financement politique a changé. « C'est une bonne chose », croit-il.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, juge de son côté qu'il s'agit d'« allégations très graves », tout en laissant « le bénéfice du doute » au couple Marois-Blanchet. « Ce qu'on doit constater, c'est que ça s'accumule. Je comprends les Québécois d'être fâchés, même dégoûtés. »

L'ex-ministre péquiste a précisé que, pour sa part, il a toujours demandé des dons personnels selon les règles pour atteindre les objectifs de financement dans sa circonscription.

Québec solidaire dit ne pas être surpris par les récentes révélations concernant le financement du PQ et du PLQ. « Dès 2010, Québec solidaire avait produit une recherche où on ne parlait pas de M. Blanchet précisément, mais où on faisait état de l'existence d'un financement de la campagne au leadership de Mme Marois par plusieurs firmes de génie-conseil », a souligné la co-porte-parole du parti, Françoise David.

« Ce que nous voyons depuis 15 jours, et nous l'avons vu encore hier, ce sont des partis, usés par le pouvoir, usés par des machines électorales, utiliser toutes sortes de stratagèmes pour chercher à se faire élire et, ensuite, devant de l'argent à des firmes de génie-conseil et toutes autres sortes de firmes, renvoyer l'ascenseur, donner des contrats. Et on l'a vu dans le cas du municipal : ça coûte cher au Québec. Il faut donc faire le ménage », a ajouté Mme David.

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