«Tom à la ferme» : Pierre-Yves Cardinal, le mauvais garçon

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PIERREYVES CARDINAL
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Il a un physique que l’on remarque. Dans Tom à la ferme de Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal incarne Francis, le frère homophobe hanté par les démons de la folie humaine. Un rôle violent, sombre et fascinant qui permet au jeune acteur de dévoiler un jeu spectaculaire. Entrevue.

Il a aussi le visage d’un ange, le regard ténébreux avec sur le coin un sourire carnassier. Une ambiguïté qui n’a sûrement pas déplu à Xavier Dolan lorsqu’est arrivé le temps d’offrir à Pierre-Yves Cardinal le personnage du terrible frangin. «Il n’a pas grand-chose de bien lumineux en lui», lance le comédien.

À l’évidence, Francis est loin d’être le gars le plus sympathique au monde. Lorsque Tom (joué par Xavier Dolan) arrive dans la ferme pour assister aux funérailles de son amant mort dans un accident de la circulation, ledit frère prend les choses en mains. Il n’est pas question que cet «homo» de Montréal dévoile à sa mère déjà en deuil le passé du défunt, se dit-il. «Oui, il va d’ailleurs décider de piéger sa victime. D’abord par des menaces qu’il va rapidement mettre en pratique.»

Et Tom n’aura pas vraiment le choix. Des brimades pour commencer. Ensuite, quelques gifles, et puis la grosse baston, jusqu’à l’humiliation où les crachats suivent les insultes. Il n’aura jamais le temps de s’enfuir, puisqu’il trouvera toujours sur son chemin l’ombre d’un psychopathe prêt à en découdre pour sauver les apparences. «Mon personnage est empli de noirceur. Au départ, son caractère m’a beaucoup intimidé. J’ai eu peur d’interpréter un cas aussi lourd habité par autant de violence. Mon corps ne voulait pas plonger dans cette énergie si négative.»

Pierre-Yves n’ira pas lire la pièce du dramaturge Michel Marc Bouchard dont s’inspire directement le film. «Je voulais garder le scénario comme base principale. Je suis allé ailleurs pour tenter de comprendre d’où vient la part sombre de Francis. J’avais surtout besoin de savoir qui était ce garçon, connaître son histoire. Je ne pouvais pas accepter qu’il soit ainsi sans raison. Il devait bien y avoir des explications.»

À l’origine du mal

Les discussions menées avec Xavier Dolan vont permettre à l’acteur de construire une sorte de portrait presque sociologique d’une pathologie annoncée. «Il n’y a pas de père à la maison. Il n’a pas d’amis ni de vie intime. Sa relation avec sa mère ne fonctionne pas non plus. L’unique figure masculine, c’était son frère qui a surement quitté la ferme familiale parce qu’il en pouvait plus de vivre dans cet environnement malsain. Alors, il s’est retrouvé seul à devoir s’occuper des lieux. Tous ces aspects ont contribué à faire de cet homme un monstre.»

Mais le monstre est futé, car chaque fois qu’il est sur le point de perdre Tom, un jeu de séduction se met en place afin de charmer sa proie, comme pour la dresser à ne pas s’évader d’une prison psychologique.

«L’aspect du séducteur est important chez Francis. Bien qu’il soit hétéro, il sait l’impact qu’il peut produire sur Tom. En vrai manipulateur, il est prêt à séduire. Il faut voir cette relation comme le meilleur moyen de dominer Tom. Il lui donne une récompense, et vlan! une claque sur la figure.»

Toutefois, il semblerait que rien n’aurait été possible sans la complicité de Tom lui-même. «Voilà ce qui est troublant. Au fond, Tom est également complice de cette grande supercherie. Sur ce point, le film est extraordinaire. Malgré l’environnement toxique et épouvantable, chacun des personnages a besoin de l’autre. Personne n’étant capable de faire son deuil, ils s’accrochent tous à ce qu’il leur reste du défunt.»

Le jeune comédien reste néanmoins convaincu que dans un autre contexte, les choses auraient pu en être autrement. «On a tous en nous la violence que l’on pointe sur les autres. L’erreur, c’est de présumer qu’on ne possède pas de côté mauvais. L’être humain est capable du meilleur comme du pire. Quand on aura conscience que le pire existe, alors on pourra faire en sorte de l’éviter. Francis est peut-être un bon gars qui a mal tourné. Ça n’excuse rien, mais ça permet sans doute de mieux comprendre qu’on peut un jour tomber au fond du trou.»

Lire aussi la critique du film : «Tom à la ferme», le thriller sauvage de Xavier Dolan

Tom à la ferme – Les Films Séville – Drame – 95 minutes – Sortie en salles le 28 mars 2014 – Canada, Québec, France.

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