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Première opération en Espagne contre les "Maras", bandes d'Amérique centrale

25/03/2014 07:10 EDT | Actualisé 25/05/2014 05:12 EDT

Le premier coup de filet lundi en Espagne contre 35 jeunes membres présumés de "Mara salvatrucha" illustre le développement des bandes criminelles originaires d'Amérique latine dans un pays frappé par la crise et le chômage.

Ecoutant du rap, portant colliers et tatouages comme symboles distinctifs, ces bandes criminelles, détectées pour la première fois en 2003 dans le pays, "se sont installées en Espagne peu de temps auparavant, coïncidant avec l'arrivée massive de l'immigration" d'Amérique latine, explique à l'AFP Ricardo Gabaldon, inspecteur en chef de la police de Madrid.

Mais jusqu'ici, les principales bandes criminelles repérées en Espagne étaient issues des "Latin Kings", apparus dans les années 1940 à New York et Chicago, des Netas, originaires de Porto Rico mais constituées en Espagne principalement d'Équatoriens.

"Ont suivi les Trinitarios, Dominican Don't Play, Forty Two", majoritairement dominicains, mais également colombiens, boliviens et espagnols, explique Ricardo Gabaldon.

Et maintenant les "Maras", bandes criminelles d'origine salvadorienne. Mardi, la garde civile a annoncé une opération notamment dans les provinces de Madrid et Barcelone après plus d'un an d'enquête sur la "Mara salvatrucha" (MS13), d'origine salvadorienne, qui tente "de s'installer en Espagne".

Les 35 membres présumés arrêtés sont tous jeunes, âgés de 17 à 25 ans, autre caractéristique de ces groupes.

Ricardo Gabaldon estime à 300 le nombre de jeunes ayant intégré ces groupes violents à Madrid, âgés de 14 à 25 ans, recrutés dans les écoles et surtout dans les rues des quartiers défavorisés.

Soumis à une hiérarchie de fer, des rituels d'entrée, des mises à l'épreuve, des châtiments et l'obligation de versements hebdomadaires, ils se livrent surtout à des violences entre bandes rivales, explique le policier.

"Leur but ultime est de montrer leur valeur, se faire respecter. Ils ne cherchent pas vraiment à s'enrichir" même s'ils vivent de vols et du petit trafic de drogue, dit-il.

- "Un vivier" -

Plusieurs d'entre eux ont été arrêtés pour détention d'armes, coups et blessures, menaces, intimidation, voire meurtres.

Pour harceler les membres d'autres gangs, ils les forcent par exemple à faire l'anneau du OK avec le pouce et l'index mais vers le bas, "comme une humiliation", explique Ricardo Gabaldon. "S'ils ne le font pas, ils sont frappés et s'il le font, aussi".

Car c'est l'un de leurs multiples signes distinctifs: outre l'anneau, ils imitent également un pistolet avec deux doigts, ajoute-t-il.

S'y ajoutent des colliers de couleur: si les Dominicains utilisent les blanc, bleu et rouge de leur drapeau national, les Ñetas préfèrent un chapelet blanc et les Latin kings des colliers de perles jaunes et noires.

Les tatouages sont également très reconnaissables: un coeur avec un Ñ pour Ñetas, un rond avec l'inscription LK, toujours en lettres gothiques pour les Latin Kings.

Ce qui est inquiétant, c'est que "la bande est une forme d'apprentissage, une école de la délinquance qui permet ensuite de franchir le pas" vers des activités plus graves, explique le policier. "C'est un vivier pour les organisations criminelles".

Les bandes ont une forte présence à Barcelone, la deuxième ville du pays, où la police a récemment mené des opérations contre les Latin Kings, les Bloods et les Black Panthers, ajoute-t-il.

"Ce sont des groupes qui finissent par dériver vers le trafic de drogue, le trafic d'armes, l'extorsion de fonds", estime aussi le chef de la police catalane, Manel Prat.

Pour Vladimir Paspuel, président de l'association hispano-équatorienne Rumiñahui d'aide à ces jeunes, les bandes sont le résultat d'un déracinement.

"Beaucoup ne voulaient pas venir en Espagne et sont arrivés à un âge, l'adolescence, où il s'est avéré assez compliqué de s'intégrer à l'école à des groupes déjà établis".

"Une situation de marginalité" due, en partie, à l'absence d'avenir dans une Espagne en crise depuis 2008, ajoute Vladimir Paspuel, qui organise des ateliers de prévention de la violence.

"Quelle opportunité leur offre un pays où 54 % des jeunes sont au chômage ?" dit-il. "Nous ne leur offrons rien, nous ne leur offrons que la rue".

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