DIVERTISSEMENT
25/03/2014 04:53 EDT | Actualisé 27/03/2014 05:31 EDT

Étienne Dano : autodidacte et excessif (VIDÉO)

Étienne Dano ne se rebiffe pas lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’est pas encore excessivement connu du grand public pour lancer un premier one man show (n’y voyez pas de jeu de mots avec le titre choisi, Excessif).

Issu de «l’école des bars», comme il le dit lui-même, le garçon a roulé sa bosse en région, dans des petites salles et dans des spectacles corporatifs. Il a remporté le concours En route vers mon premier gala Juste pour rire, en 2009. Les auditeurs de CKOI le connaissent bien – il fait partie de l’équipe de l’émission du matin Debout les comiques – et plusieurs internautes aussi; en 2011, il publiait sur le web une vidéo comique, la parodie Douchebag, visionnée 2 217 235 fois sur YouTube. L’automne dernier, il récidivait avec Sel, qui a déjà généré plus de 62 000 clics. Et il a été en nomination au Gala les Olivier à plusieurs reprises, dans diverses catégories.

L’artiste a donc fait ses classes et, lorsque le promoteur evenko lui a mis le grappin dessus, il y a deux ans, la stratégie était claire : imposer Étienne comme un humoriste aux yeux de la population avec une première tournée et non faire de lui une vedette du petit écran avant de lui donner l’opportunité de monter sur scène.

«Tout le monde en est conscient dans la production, reconnaît Étienne. Personne n’a dit : c’est une grosse star qui va faire vendre des billets. Dans certaines villes où j’ai fait du rodage, comme Gatineau ou Trois-Rivières, ça a super bien été pour la vente des billets. Ce n’était pas sold out, mais presque. Et, je ne le cacherai pas, il y a d’autres villes où ça a été plus difficile. Mais c’est un gambling pour n’importe quel artiste qui essaie de percer. En me présentant comme un humoriste, si j’essaie ensuite de faire de la télé, les gens vont savoir que j’ai déjà un show… et non le contraire.»

«Moi, ça fait 10 ans que je pioche, poursuit-il. J’ai fait les bars, j’ai fait mon propre chemin. Je n’ai pas fait l’École nationale de l’humour. Quand une compagnie comme evenko te dit qu’elle a confiance en toi et qu’elle veut investir dans ton show, même si tu penses que le timing aurait été meilleur dans un an ou deux, sans nécessairement connaître les grandes stratégies de marketing, tu dis oui.»

L’École de l’humour, un regret

«Piocher», Étienne Dano sait ce que c’est. Ses deux refus à l’École nationale de l’humour l’ont ébranlé et auraient pu le décourager de continuer dans la voie qu’il avait choisie. Des amis l’ont toutefois persuadé de ne pas abandonner et, quand le jeune homme a appris que deux de ses idoles, Réal Béland et Patrick Groulx, n’étaient pas passées entre les murs de la mythique institution, un regain de confiance l’a poussé dans la bonne direction.

«J’étais convaincu que l’École était un passage obligé, raconte le gaillard de 34 ans. Mais quand j’ai su que Réal et Patrick, que j’aimais et que j’aime encore beaucoup, n’y étaient pas allés, je me suis dit que c’était quand même possible. Je me suis mis à travailler de plus en plus et, après quelques années, à ne vivre que de l’humour.»

«Mais j’ai toujours le regret d’avoir été refusé et de ne pas y être retourné. Parce que je pense que j’aurais eu une meilleure discipline. J’aurais peut-être gravi les échelons plus vite. Mais, on ne peut pas deviner, et ce n’est pas avec des “si” qu’on avance!»

Jeu compulsif, râpe à fromage et stylos

Pour son premier spectacle, Étienne Dano cherchait un titre qui le représenterait bien, un trait dominant de sa personnalité qui pourrait servir de fil conducteur à l’ensemble de la prestation. Dans son entourage, le qualificatif excessif est revenu à l’unanimité, ce à quoi le principal intéressé a acquiescé.

Entier, Étienne ne fait jamais les choses à moitié. Lorsqu’un ami lui a parlé avec enthousiasme de sa passion pour la pêche, il y a quatre ou cinq ans, Dano a eu la piqûre simplement à l’écouter. Le lendemain, il se rendait au Canadian Tire et achetait pour 400$ de matériel de pêche. Collectionneur de stylos – il écrit toujours ses textes à la main avant de les recopier à l’ordinateur – Étienne répertorie des dizaines de crayons dans ses tiroirs, dont certains lui ont coûté 7$, et d’autres… plusieurs centaines de dollars.

«Je collectionne ça comme une fille collectionne les souliers ou les bijoux, s’amuse-t-il. Le pire, c’est que je me sers souvent des deux mêmes! Mais je suis comme ça. Quand j’embarque dans une activité, je le fais à fond. Ça a d’ailleurs été le cas pour ma carrière. Quand j’ai décidé de foncer, j’ai vraiment voulu me rendre jusqu’au bout dans mon métier d’humoriste.»

Ses excès prennent aussi parfois la forme de rigolos délires. Craintif de se couper lorsqu’il tranche du fromage avec une râpe, il va jusqu’à imaginer un film d’horreur où un meurtrier se servirait d’une râpe à fromage pour faire souffrir ses victimes.

«J’étire un sujet en restant drôle, note Étienne. Je pousse ma peur, mon problème à l’extrême, jusqu’à ce que les gens disent : “Je ne peux pas croire qu’il est rendu là dans son explication!” (rires)»

Or, parfois, Étienne Dano n’a pas à extrapoler longtemps pour dénicher matière à faire rire. Autrefois dépendant au jeu, il a puisé dans cette ancienne dépendance pour en faire l’un des monologues centraux d’Excessif. Il est aujourd’hui abstinent depuis trois ans.

«Je suis un ex-joueur compulsif, avoue franchement Étienne. Je voulais en parler dans mon show. Mais je n’ai pas écrit ce numéro-là pour sortir les violons; je ne voulais pas que ça soit triste, que les gens pleurent ou se sentent étouffés pendant ce segment. C’était plus pour casser le tabou et dire qu’on peut s’en sortir. Je parle de vraies affaires que j’ai vraiment vécues. Je réussis à en rire avec le recul que j’ai. Je n’en aurais pas ri à l’époque où j’avais tout perdu, mais maintenant, j’en suis capable.»

«Ce numéro est drôle, il n’est pas cabotin. Je ne fais pas de jeux de mots poches avec les cartes de poker. Et je n’exagère rien. Quand je dis qu’à 24 ans, j’avais tout perdu et je n’avais plus rien devant moi, c’est vrai. Je ne l’ai pas inventé. Le soir de la première, dans la salle, il y aura ma famille, des amis, des anciennes blondes. Pour ces gens-là, je n’avais pas envie de bullshiter. Je ne voulais pas me mentir à moi-même. Alors, tant qu’à écrire ce numéro, je voulais qu’il soit drôle et vrai», avance sans détour l’humoriste.

Étienne Dano présentera Excessif à Montréal, au Théâtre St-Denis, les 25, 26, 28 et 29 mars. Il fera ensuite le tour de la province. Pour connaître toutes les dates, consultez son site web (www.etiennedano.com).

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