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A Ankara, le maire AKP et ses projets fous en quête d'un cinquième mandat

25/03/2014 03:56 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

C'est son dernier combat, peut-être celui de trop. A 66 ans, le très controversé maire de la capitale turque Ankara, Melih Gökçek, s'est lancé sous les couleurs du parti au pouvoir dans une difficile course à un cinquième mandat qui pourrait lui être fatale.

Depuis vingt ans qu'il dirige à la baguette la deuxième ville du pays, M. Gökçek est un habitué des promesses électorales. Alors, pour séduire une nouvelle fois ses quelque 5 millions d'habitants, il n'a pas lésiné, en leur annonçant rien moins que le Bosphore en plein milieu de l'aride Anatolie !

"Nous avons une surprise pour vous: le projet de détroit d'Ankara", leur a-t-il annoncé le mois dernier, très fier de son effet. "Il est impossible d'amener la mer à Ankara mais notre ville possédera elle aussi un détroit qui lui appartient".

S'il a décliné les demandes d'entretien de l'AFP, Melih Gökçek ne refuse rien à ses administrés, en tout cas lorsqu'il sollicite leurs suffrages. Et pour faire bonne mesure, il a ajouté à son paquet électoral "le plus grand parc d'attraction d'Europe", un projet pourtant suspendu par la justice qui l'a jugé "contraire aux règles de l'urbanisme".

Cet inventaire fait sourire de nombreux Ankariotes, qui se souviennent de ses promesses d'antan, et son principal rival, le candidat du Parti républicain du peuple (CHP) Mansur Yavas. "Tout cela devient ridicule", soupire ce dernier à l'AFP.

Mais si les "projets fous" de Melih Gökçek amusent ses adversaires, ses sorties provocatrices, elles, les inquiètent beaucoup plus.

D'abord militant ultranationaliste, M. le maire a rallié le camp islamiste pour être élu député puis remporter Ankara en 1994, avant de rejoindre le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002, dont il est devenu un partisan zélé.

Tout au long de sa carrière, M. Gökçek s'est fait une spécialité des déclarations à l'emporte-pièce et des polémiques musclées. Alors jeune maire islamiste de la capitale, il avait signalé son peu de goût pour des statues érigées par ses prédécesseurs en affirmant "cracher sur l'art".

- Controverses -

Lors de la fronde antigouvernementale du juin 2013, il a dénoncé le rôle du "lobby juif" et s'en est pris à une journaliste turque de la BBC jugée un peu trop critique en l'accusant sur Twitter de "trahir sa nation". La polémique a fait rage sur les réseaux sociaux.

La semaine dernière, il a récidivé en louant un hélicoptère qui a traîné pendant une journée dans le ciel de sa ville une banderole au slogan sans équivoque: "nous ne pouvons pas abandonner Ankara à Gezi", du nom du parc d'Istanbul dont la destruction annoncée a lancé la vague de manifestations du printemps dernier.

Si elles ont le don d'outrer ses rivaux, ses sorties agacent aussi dans son propre camp. "Cinq mandats, c'est beaucoup", a lancé le vice-Premier ministre Bülent Arinç.

C'est précisément sur cette lassitude que compte M. Yavas pour mettre un point final, le 30 mars au soir, à la "mainmise" de son rival sur la ville.

A l'heure où le Premier ministre est malmené par un scandale de corruption sans précédent, l'ancien maire nationaliste du district touristique de Beypazari passé au CHP social-démocrate fait campagne sur la "transparence totale", avec l'espoir de cueillir les fruits de la crise de régime qui secoue le pays.

"Si je suis élu, tout les contrats de la municipalité seront ouverts au public", assure-t-il. "Je promets l'honnêteté en politique, une chose qui devient de plus en plus rare".

Même s'ils sont sujets à caution, les sondages parient tous sur une lutte serrée entre le maire sortant et son rival, certains pronostiquant même la défaite du premier.

Une perspective que la presse locale a déjà entérinée en titrant depuis des semaines sur "la fin du règne Gökçek".

BA/pa/ml

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