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Un guide, un jardinier, un maçon jugés pour le meurtre de Cassandre et Houria

24/03/2014 11:00 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Trois Argentins aux origines modestes sont face à leurs juges au tribunal de Salta, accusés d'avoir battu, violé et abattu deux Françaises, Cassandre Bouvier et Houria Moumni, en 2011, pendant leurs vacances dans le nord-ouest de l'Argentine.

Le visage fermé, les trois accusés aux traits métissés sont arrivés menottés dans la salle d'audience du tribunal de Salta, une juridiction réputée pour sa sévérité, et le procès a débuté peu avant 10h00 (13h00 GMT).

Le verdict est attendu le 16 mai, d'ici là, près de 200 personnes sont appelés à témoigner à la barre, devant les trois juges.

Après la longue lecture de l'acte d'accusation, Hélène Kottak, vêtue de noir, a été appelée à la barre. "Que la justice soit faite", a-t-elle déclaré en introduction d'une voix à peine audible.

Mme Kottak, divorcée du père de Cassandre, a ensuite bouleversé l'auditoire. "Cassandre n'avait pas trente ans. (...) Elle avait un compagnon, Jaime, dont elle soulignait la complicité, leur rires. Elle avait confié à sa petite soeur son projet d'avoir des enfants. Elle aurait eu 32 ans (mercredi), elle a trouvé sur son chemin la méchanceté, la barbarie, la monstruosité donc est capable notre humanité".

Elle a conclu son intervention par un "libertad! (liberté)" qui a résonné dans la salle d'audience.

Les accusés sont restés sans réaction pendant l'audition.

Les parents de Houria Moumni devaient aussi s'exprimer à la barre.

Gustavo Lasi, 27 ans, un ancien employé municipal et guide touristique occasionnel fait figure de principal accusé. Des tests ADN attestent qu'il a violé Cassandre, 29 ans, et Houria, 24 ans. Il reconnait les agressions sexuelles, mais il rejette la responsabilité des meurtres sur Daniel Vilte, un maçon de 28 ans, et Santos Vera, un jardinier de 34 ans.

Ces deux derniers nient toute participation aux meurtres et aux viols.

Les corps des Françaises tuées par balle et partiellement déshabillées avaient été retrouvés le 29 juillet 2011 près du belvédère du parc naturel de la Quebrada de San Lorenzo à une quinzaine de kilomètres de Salta.

Elles avaient été vues en vie pour la dernière fois le 15 juillet a 16h30, à leur entrée dans ce parc naturel très fréquenté par les touristes.

Pour l'avocat français des familles, Ludovic Beaune, "l'ensemble des familles attend beaucoup des débats et espère que la vérité en surgira".

- Doutes et zones d'ombre -

A Salta, le procès est dans toutes les discussions.

Dans une région où les plus humbles sont habituellement prévenants vis à vis des touristes, à plus forte raison s'ils sont étrangers, le meurtre des jeunes Françaises détonne.

Certains estiment que le mode opératoire "n'est pas celui de pauvres bougres du coin comme Lasi, Vilte ou Vera. Ici on tue à coup de pierre, avec une machette, un couteau, pas avec une arme à feu", confie un jeune d'une trentaine d'années qui ne veut pas être cité car son opinion va à l'encontre de la version officielle.

Le juge d'instruction Martin Perez a tranché. Le double meurtre a eu lieu non loin du "mirador" du parc naturel, peu après l'entrée des jeunes femmes dans le parc, et il estime qu'à 19h50, quand Lasi a introduit sa carte SIM dans le téléphone de Houria, les deux Françaises avaient perdu la vie à l'issue d'une violente agression.

La thèse d'un meurtre commis par des notables couverts par la police avait surgi dans la presse en 2011 et continue d'alimenter les conversations, faisant de MM. Lasi, Vilte ou Vera de simples exécutants.

A la Quebrada de San Lorenzo, une stèle a été érigée à la mémoire de Cassandre et Houria, mais aucune pancarte n'indique le chemin à emprunter.

Avant leur séjour en Argentine, toutes les deux fréquentaient à Paris l'Institut des hautes études sur l'Amérique latine. Cassandre Bouvier comme enseignante-chercheur et Houria Moumni comme étudiante. Elles s'étaient rendues à Buenos Aires pour un colloque de sociologie. Alors que Cassandre retournait en France, Houria s'apprêtait à passer un an d'études en Argentine à l'université de Mar del Plata.

Nicolas Durrieu, avocat argentin des familles Bouvier et Moumni, espère que l'un des accusés craquera, révèlera la réalité des faits, afin de dissiper les doutes et zones d'ombre.

ap/bir

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