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La trace indélébile de l'Exxon Valdez

24/03/2014 07:54 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Il y a 25 ans le pétrolier Exxon Valdez s'échouait au large des côtes de l'Alaska, déversant des millions de litres de pétrole dans les eaux froides de la région. Un accident dont il reste encore des traces aujourd'hui.

Un texte d'Étienne Leblanc Twitter Courriel

Le 23 mars 1989, à 21 h 30, le grand bateau quitte le port de Valdez dans le détroit du Prince Williams. Il transporte dans ses cuves 180 millions de litres de pétrole brut - environ 3 millions de barils - et met le cap sur le large.

La mer est calme, la lune éclaire le ciel. Loin devant, l'assistant du capitaine repère de petits icebergs qui sortent de l'eau. C'est lui qui est à la barre du bateau. Pour éviter les blocs de glace, il prend alors une décision qui lui sera fatale. Pour éviter les glaces, il dévie de sa route vers la gauche. À minuit quatre minutes, donc le 24 mars, l'Exxon Valdez heurte le récif de Blight, un grand complexe rocheux submergé qui était pourtant bien connu des marins, et qui apparaissait clairement sur les cartes. Onze des 13 citernes du bateau sont aussitôt éventrées. Le pétrole s'écoule dans la mer à grande vitesse.

La tragédie n'aurait peut-être pas pris une telle ampleur si les équipes d'urgence étaient intervenues à temps. Mais le 24 mars était un Vendredi saint. Une journée fériée pour tout le monde dans le petit port d'Alaska. La barge d'urgence stationnée à Valdez pour endiguer le plus rapidement possible une marée noire en cas d'incident ne fonctionnait pas. Pendant deux jours, 41 millions de litres de pétrole visqueux se déversent dans les eaux glacées du Pacifique-Nord.

« La compagnie Exxon n'a jamais officiellement publié le volume déversé, mais on classe de déversement de l'Exxon Valdez parmi les plus grands jamais arrivés », dit Émilien Pelletier, professeur en océanographie chimique à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski. Cet expert des déversements pétroliers a longuement étudié le cas de l'Exxon Valdez.

Malgré le beau temps dans la région, les premiers secours n'arrivent que 12 heures après la tragédie. L'équipement lourd n'atteint la marée noire que 48 heures plus tard. Un délai suffisant pour qu'une tempête se lève. Le vent violent transporte la nappe de pétrole sur les côtes, sur une distance de plus de 740 kilomètres.

Au final, la marée noire fait 7000 kilomètres carrés

Le désastre écologique est sans précédent. Les galettes de pétrole noircissent les plages, les récifs et la végétation le long des côtes. Les images des oiseaux englués dans la matière visqueuse font le tour de la planète. Au total, 250 000 en mourront. Les Américains n'ont jamais oublié les images des pygargues à tête blanche - le symbole par excellence des États-Unis - complètement noircis par le pétrole.

Aujourd'hui, 25 ans plus tard, la nature n'a toujours pas complètement repris ses droits. L'agence de recherche sur les océans aux États-Unis, la National Oceanic and Atmospheric administration (NOAA), estime qu'il reste encore près de 100 000 litres de pétrole dans l'environnement.

« La tragédie de l'Exxon Valdez, c'est un nouveau paradigme concernant les effets à long terme du pétrole », explique Émilien Pelletier. « Beaucoup de gens disaient que même en eau froide, on pensait qu'après quatre, cinq ans, six ans, on ne verrait plus d'incidences directes ou indirectes d'un déversement de pétrole. En fait, les études prolongées sur l'Exxon Valdez ont montré que les effets à long terme se sont fait sentir. Le pétrole n'est pas disparu, il en reste encore en dessous des plages de sable et de gravier. Ça commence seulement à revenir à la normale », d'ajouter M. Pelletier.

Dans l'eau froide, le mécanisme naturel d'évaporation du pétrole et de biodégradation se fait beaucoup plus lentement. Ce qui rend d'autant plus grave un déversement qui surviendrait dans une des trois mers qui entourent le Canada.

Exploitation du pétrole en Arctique et dans le golfe du Saint-Laurent

Les autorités canadiennes ne cachent pas leurs intentions d'explorer, et éventuellement d'exploiter, le pétrole en Arctique.

Dans son rapport en février 2013, le vérificateur général du Canada soulignait que dans les conditions actuelles, les capacités d'intervention du gouvernement en cas de déversement étaient inadéquates.

Un constat avec lequel Émilien Pelletier est d'accord.

« La préparation en cas d'accident pétrolier important est sûrement insuffisante un peu partout, que ce soit sur la côte Est, la côte Ouest canadienne, et en particulier en hiver, où on a pratiquement aucun moyen d'intervenir », estime Émilien Pelletier.

Les risques sont donc toujours présents, même si la législation et les technologies ont évolué.

La double coque est aujourd'hui obligatoire sur tous les bateaux qui transportent du pétrole, et la navigation électronique est devenue la norme. S'il avait été muni de ces outils, l'Exxon Valdez n'aurait probablement pas foncé dans ces récifs comme il l'a fait. La coque, elle, n'aurait pas laissé s'échapper autant de liquide.

Quoi qu'il en soit, depuis la tragédie de l'Exxon Valdez, on a recensé plus de 500 déversements de pétrole dans les mers de la planète.

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