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La cimenterie à Port-Daniel, une renaissance pour Chandler?

24/03/2014 06:15 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Le projet de cimenterie à Port-Daniel suscite un immense espoir en Gaspésie. Un espoir qui se mesure à l'aune de la plaie béante laissée à Chandler, la ville voisine, par l'échec de la relance de l'usine de pâte Gaspésia.

Un texte de Sophie Langlois Twitter Courriel

Chandler était le poumon économique de la municipalité régionale de comté (MRC) du Rocher-Percé. C'est aujourd'hui la municipalité la plus dévitalisée du Québec.

Le projet de relance de l'usine, fermée en 1998, a été piloté par le Fonds de solidarité de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Il a longtemps maintenu sous respirateur artificiel une usine condamnée par la chute des marchés.

Quand le chantier de modernisation de l'usine a été interrompu à cause d'énormes dépassements de coûts, le choc fût terrible.

L'échec de la relance a fracturé le tissu social de la communauté. Dépressions, divorces, violence conjugale, plusieurs suicides. La morosité a fait fuir plus de 50 % de la population active. 

« Quand ils ont démantelé Gaspésia, ils sont partis avec l'ensemble de l'économie de Chandler », nous a dit Serge Soucy, un ancien ouvrier, debout devant le trou béant laissé par les grues qui ont démoli l'usine où il a passé les plus belles années de sa vie.

La voix secouée par les sanglots, il évoque le soutien de sa famille, crucial dans ces moments difficiles. « C'est ta bouée de sauvetage. »

Un projet de 1 milliard de dollars

Aujourd'hui, le projet de cimenterie à Port-Daniel représente l'autre bouée de sauvetage des rescapés de la Gaspésia.

La construction de l'usine doit créer 600 emplois dans la région pendant deux ans. Ensuite, la production de ciment, qui doit débuter en 2016, devrait créer 150 à 200 emplois directs.

Le gouvernement québécois et la Caisse de dépôt financent 450 millions du projet de 1 milliard, piloté par l'entreprise Beaudier. Ce conglomérat, piloté par Laurent Beaudoin de Bombardier, investit 150 millions dans le projet.

Le risque d'une nouvelle relance monoindustrielle

La région s'accroche-t-elle encore à une monoindustrie, plutôt que de diversifier son économie? « C'est sûr que si on poursuit constamment avec de gros projets, ça ne fait que consolider cette mentalité de dépendance vis-à-vis des grosses entreprises », explique Mario Polèse, spécialiste du développement régional à l'Institut national de recherche scientifique (INRS).

Selon lui, les grosses entreprises chassent les petites. Le projet de cimenterie risque de freiner le développement de petites et moyennes entreprises qui ne pourront pas concurrencer ses salaires élevés.

De son côté, Mario Grenier, de la MRC du Rocher-Percé, juge que la cimenterie va aider la région à se diversifier. « On n'était pas une communauté entrepreneuriale. Quand il y a une grosse fermeture comme ça, c'est comme un paquebot. On peut pas le tourner sur un dix sous, ça prend du temps. »

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