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Des Autochtones adoptés durant la rafle se rassemblent à Winnipeg

24/03/2014 08:03 EDT | Actualisé 24/05/2014 05:12 EDT

Un texte de Ralph-Bonet Sanon

Le gouvernement manitobain accueille une première table ronde sur la rafle d'enfants autochtones des années 1960, 1970 et 1980 cette semaine. L'objectif pour les participants est d'échanger durant deux jours sur ce qu'ils ont vécu et d'informer la population sur ce pan de l'histoire.

Lundi, ils étaient près d'une vingtaine d'adultes adoptés quand ils étaient petits à entamer ce qu'ils décrivent comme un processus de guérison, à Winnipeg, sous l'égide du ministre provincial des Affaires autochtones.

Selon le ministre Eric Robinson, on estime à 20 000 le nombre d'enfants autochtones enlevés à leur famille durant les années 1960, 1970 et même du début 1980 pour être adoptés ailleurs au Canada, aux États-Unis et aussi loin qu'en Europe.

Des conséquences méconnues

Certains ont bien vécu leur adoption, mais d'autres racontent en avoir souffert, notamment à cause de la perte de leur culture et de leur langue traditionnelles.

« Dans certains cas, les histoires d'horreur sont pires que pour certaines personnes qui ont vécu dans les pensionnats autochtones comme moi, car des gens ont été enlevés à leur famille, mais aussi à leur communauté, à leur province et même à leur pays », a exposé le ministre.

Marlene Orgeron, une Crie manitobaine adoptée en Louisiane, en témoigne. « J'ai de la difficulté à faire confiance aux gens. J'ai souffert de problèmes de dépendance aux drogues et à l'alcool toute ma vie. Celle-ci se résume à chuter, à devoir me relever et à persévérer », a-t-elle expliqué.

Elle, les autres adoptés présents et le ministre Eric Robinson espèrent que le Canada reconnaisse cette partie de son histoire.

« Il existe une perception selon laquelle nous sommes retournés chez nous et que tout s'est bien passé alors que ce n'est pas du tout le cas », a expliqué l'ancienne reporter Coleen Rajotte, retirée à sa famille crie quand elle était bébé pour être adoptée par des Blancs à Winnipeg. « Nous avons bien des choses que nous devons travailler et c'est pourquoi nous sommes ici aujourd'hui ».

Revendications

Mme Rajotte va plus loin que la simple sensibilisation. « J'aimerais voir une forme d'excuses formelles pour tous les adoptés des années 60, 70 et début 80 », a-t-elle revendiqué.

Le ministre Robinson a suggéré que le gouvernement pourrait développer des services et des programmes pour les adoptés de la rafle. L'idée d'une compensation surgira assurément, a-t-il aussi dit. « Je crois qu'il faut un certain degré de responsabilité de la part de nos gouvernements, pour ce qui s'est passé dans ce malheureux chapitre de notre histoire canadienne », a estimé le ministre.

Des poursuites judiciaires ont été engagées en lien à la rafle, certaines au Manitoba. « Il y a des poursuites ici et je présume que d'autres sont à venir, mais je ne peux pas en parler, comme je suis ministre », a confirmé M. Robinson.

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