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Un défilé monstre à Madrid contre la rigueur se termine par des incidents

22/03/2014 05:11 EDT | Actualisé 22/05/2014 05:12 EDT

Des affrontements ont éclaté samedi soir à Madrid à la fin d'une gigantesque manifestation contre l'austérité, qui a réuni des colonnes venues de toutes les régions d'Espagne pour dénoncer "l'urgence sociale", le chômage et l'austérité.

Certains ont traversé le pays, parcouru à pied des centaines de kilomètres, d'autres les ont rejoints aux portes de Madrid. Agitant des drapeaux de toutes les régions d'Espagne, une immense foule avait envahi dans la journée le centre de la capitale pour le plus grand défilé organisé depuis ceux de 2012.

Les incidents ont éclaté en fin de manifestation, la police chargeant ou tirant avec des balles en caoutchouc contre plusieurs dizaines de jeunes qui jetaient des projectiles.

Les jeunes ont également monté des barricades, enflammé des poubelles, cassé les vitres de banques à coup de chaises et de pots de fleurs. Non loin de là, d'autres ont installé des tentes sur une grande avenue en plein centre de la Madrid, avec l'intention d'y passer la nuit.

Des dizaines de milliers de personnes venaient de défiler à l'arrivée des "marches de la dignité", des colonnes de manifestants partis de toutes les régions d'Espagne, pour dénoncer "l'urgence sociale", le chômage qui frappe 26% des actifs et la politique d'austérité menée depuis deux ans par le gouvernement de droite.

"Debout, debout, nous allons lutter!", criaient les manifestants.

Tous avaient le sentiment d'une grande injustice, de payer le marasme économique, les déficits publics et le sauvetage bancaire européen de plus de 40 milliards en 2012 tandis que, selon eux, les responsables de l'explosion de la bulle immobilière, de la corruption et des abus bancaires qui ont ruiné les petits épargnants continuent de s'enrichir.

Comme un symbole, un gigantesque doigt d'honneur surgit de l'immense foule. "Le peuple se réveille. C'est fini la fête", assure une pancarte accrochée au doigt.

"Les responsables politiques ont transformé la politique en un commerce pour leurs intérêts", proclame une autre pancarte orange surmontée des visages de membres du gouvernement de Mariano Rajoy.

"Ils ont profité des citoyens, nous ont escroqués: les banquiers, les politiques, Urdangarin (l'époux de la fille du roi inculpé de détournement de fonds, Inaki Urdangarin) et ils sont toujours en liberté. Mais qu'au moins, ils nous rendent l'argent", dénonce Justina Santamarta, une surveillante d'hôpital de Madrid.

Au total, huit colonnes ont convergé vers la gare d'Atocha, à l'appel de multiples organisations sociales, groupes de la mouvance des "indignés" ou collectifs professionnels.

Une mobilisation rappelant les grands défilés qui avaient marqué la poussée de fièvre sociale, retombée depuis, qui a agité l'Espagne en 2011 et 2012.

1.700 policiers avaient été mobilisés pour assurer la sécurité.

- Un pays asphyxié -

Certains manifestants ont marché pendant près d'un mois, depuis l'Andalousie, dans le sud de l'Espagne, la Catalogne, dans l'est, les Asturies, dans le nord-ouest, ou l'Estrémadure, dans l'ouest.

"Nous voulons du travail. Nous ne pouvons pas accepter que des millions de personnes au chômage doivent retourner chez leurs parents", lance Jorge Balbas, un chômeur de 24 ans de Burgos, dans le nord de l'Espagne, rappelant que plus d'un jeune actif espagnol sur deux est au chômage.

"Ni chômage, ni exil, ni précarité. Des marches, des marches, des marches pour la dignité", hurlent dans une sono des jeunes, nombreux dans la manifestation, juchés sur une camionnette à ciel ouvert.

L'austérité sans précédent appliquée par le gouvernement conservateur depuis son arrivée fin 2011 a donné lieu à deux grèves générales en 2012, avec des centaines de milliers de personnes dans la rue.

La mobilisation s'est ensuite essoufflée, dans un pays asphyxié par la récession, un chômage record et un plan d'économies de 150 milliards d'euros.

"En 2014, nous sommes face à une situation extrêmement difficile, une situation limite, d'urgence sociale, qui exige une réponse collective et massive des salariés, des citoyens et du peuple", affirment les organisateurs dans leur manifeste.

"Ce système est en bout de course", disait samedi soir près d'une tente Gabriel, un jeune manifestant de 26 ans venu d'Avila avec l'intention, comme des dizaines de jeunes encore présents dans les rues, d'y passer la nuit.

Pour lui, alors que l'ex-chef du gouvernement Adolfo "Suarez se meurt. C'est la fin d'un cycle. Il faut un nouveau processus pour créer une nouvelle constitution".

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