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Crimée : des blindés attaquent une base ukrainienne, Russes et Américains vont discuter

22/03/2014 11:44 EDT | Actualisé 22/05/2014 05:12 EDT

Des véhicules blindés ont pénétré samedi dans une base ukrainienne en Crimée, au milieu de rafales d'armes automatiques tirées en l'air, ont constaté des reporters de l'AFP, tandis que Russes et Américains vont évoquer la semaine prochaine la situation en Ukraine.

Un véhicule armé a forcé l'entrée de la base de Belbek, près de Sébastopol, où un homme a pointé son arme sur les soldats ukrainiens.

Une ambulance a également été vue sur place.

Quelque deux cents hommes sans armes ont par ailleurs envahi la base aérienne de Novofedorivka, dans l'ouest de la péninsule, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Criant "Russie ! Russie !", les assaillants sont entrés dans la base et ont commencé à casser les fenêtres. Des militaires ukrainiens se sont barricadés à l'intérieur des bâtiments et ont lancé des fumigènes sur les intrus à partir des toits.

Des officiers russes regardaient de l'extérieur les militants amener le drapeau ukrainien et hisser celui, blanc et bleu, de la marine russe.

"Pourquoi ne dites-vous rien ?" a hurlé un soldat ukrainien posté sur le toit. "C'est mon unité et je dois la défendre".

Un officier de l'armée russe est ensuite entré dans le bâtiment pour négocier avec les Ukrainiens, tandis que la foule des manifestants a été invitée à s'en aller.

La veille, des marins russes ont pris le contrôle du seul sous-marin ukrainien en Crimée, le Zaporijia, et l'ont remorqué vers la base russe de Sébastopol.

Ces derniers jours, plusieurs autres bases et navires ukrainiens ont subi le même sort, les militaires ukrainiens cédant sans combattre devant les forces russes et pro-russes.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, discutera à cet égard au début de la semaine prochaine de la situation en Ukraine avec son homologue américain John Kerry, selon une source au ministère russe des Affaires étrangères.

"Une rencontre entre Lavrov et Kerry est prévue en marge du sommet de La Haye", qui se déroulera lundi et mardi, a indiqué cette source, citée par l'agence de presse Interfax, précisant qu'ils discuteraient de "la crise de politique intérieure en Ukraine".

Ce sommet des chefs d'Etat des grandes puissances du G7 a été convoqué à l'initiative du président américain Barack Obama pour parler de l'Ukraine.

Membre du G7, l'Allemagne a accusé Moscou de "tentative de scinder l'Europe" par son action en Crimée et le Canada, qui sera également représenté à La Haye, a reproché à la Russie d'encourager la course aux armements.

Le gouvernement de Kiev a obtenu le soutien de deux grands pays occidentaux, recevant le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier et le Premier ministre canadien Stephen Harper.

Le ministre allemand a décrit le rattachement de la Crimée à la Russie comme une "tentative de scinder l'Europe", inacceptable, s'adressant à la presse à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

Les deux hommes ont discuté d'une éventuelle aide technique que l'Allemagne pourrait apporter aux forces armées ukrainiennes, a indiqué de son côté M. Iatseniouk.

Il a ajouté avoir abordé avec son interlocuteur de possibles livraisons de gaz par l'Europe de l'Ouest à l'Ukraine, pour garantir la sécurité énergétique de ce pays.

- Guerre de propagande -

Une telle opération consisterait à inverser le flux dans les gazoducs à l'intérieur desquels transite actuellement le gaz russe destiné à l'Europe de l'Ouest, un procédé que Gazprom a toujours dénoncé comme étant illégal.

Le Premier ministre canadien, dont le pays abrite un million de personnes d'origine ukrainienne, la troisième communauté de la diaspora, a mis en garde contre l'impact que l'affaire de la Crimée risquait d'avoir sur la course aux armements.

Rappelant, à l'issue de sa rencontre avec M. Iatseniouk, que la Russie était censée garantir l'intégrité territoriale de son voisin en vertu d'un accord sur le désarmement nucléaire de l'Ukraine, M. Harper a dit qu'en le violant "le président (russe Vladimir) Poutine a fourni une justification logique à ceux qui, ailleurs, n'avaient besoin que d'un petit encouragement, s'ajoutant à leur orgueil ou leurs griefs, pour s'armer jusqu'aux dents".

L'Ukraine cherche en outre à résister dans la guerre de propagande qui l'oppose à la Russie.

Ainsi, le ministère ukrainien de la Défense a affirmé samedi que les soldats rentrant de Crimée seraient bien accueillis et ne seraient pas traités comme des déserteurs mais comme des anciens combattants et de "véritables héros".

Le ministère précise qu'il cherche à combattre la désinformation à ce sujet "diffusée activement par les services de sécurité russes". Selon lui, ces derniers cherchent à répandre la conviction que les unités rentrant de Crimée seraient dissoutes et les soldats poursuivis individuellement pour haute trahison.

Cette campagne semble remporter quelque succès : un marin interrogé par l'AFP vendredi en Crimée a déclaré craindre des poursuites s'il rentrait en Ukraine.

Kiev doit aussi faire face à l'agitation séparatiste pro-russe dans l'Est de l'Ukraine, où quelque 4.000 personnes ont manifesté samedi à Donetsk, brandissant des drapeaux russes et demandant le retour du président déchu Viktor Ianoukovitch, l'enfant du pays.

"Russie, aide-nous !", "Ianoukovitch, aide-nous !", ont scandé les manifestants, évoquant pour la première fois le retour de Viktor Ianoukovitch, destitué fin février par le Parlement à la suite au bain de sang à Kiev (plus de 100 morts) et qui a fui en Russie.

Le chef de la diplomatie allemande, dont le pays s'est placé en première ligne en Europe face à la poussée de la Russie, devait précisément se rendre samedi après-midi à Donetsk.

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