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Réfugiés en Ethiopie, des Sud-Soudanais déjà prêts à repartir se battre chez eux

21/03/2014 03:07 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Paul Kuon, soldat sud-soudanais, a mis deux mois, dans des conditions périlleuses, à fuir son pays et les combats qui le ravagent depuis mi-décembre pour trouver refuge dans un camp éthiopien.

Au long du voyage, avec sa femme et ses deux jeunes enfants, il a évité les balles et marché au beau milieu de cadavres, restant souvent plusieurs jours sans nourriture.

Paul Kuon se dit pourtant prêt à rentrer dans son jeune pays pour prendre part à un conflit qui a déjà fait des milliers de morts. Quitte à laisser sa famille derrière lui en Ethiopie.

"Je n'ai pas le choix (...) Nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre", explique-t-il sous un nuage de mouches, au milieu de centaines d'autres réfugiés. Leur camp, dans la province éthiopienne de Gambella (ouest), ne cesse de s'étendre.

"Ce que le gouvernement a fait à Juba, ce n'est pas correct, ils ont essayé de tuer tout le monde".

Le Soudan du Sud est ravagé depuis le 15 décembre par un conflit qui a chassé près d'un million de personnes de chez elles.

Initialement, les combats ont éclaté entre des soldats loyaux au président Salva Kiir et des troupes fidèles à son ex-vice-président Riek Machar dans la capitale Juba. Puis ils se sont rapidement étendus au reste du pays, en prenant une dangereuse tournure ethnique avec des massacres intercommunautaires entre Dinka du président Kiir et Nuer de Riek Machar.

Les deux camps ont signé un cessez-le-feu fin janvier à Addis Abeba, mais cette trêve n'a cessé d'être violée. Contrairement à ce qui était prévu, les pourparlers de paix n'ont pas repris jeudi dans la capitale éthiopienne. Ils n'ont jusqu'ici pas même permis d'aborder les problèmes de fond, en particulier celui de la rivalité politique au sein du régime.

"J'ai laissé mes frères se battre, ils se battent pour notre liberté", dit à son tour Chuot Mach, un soldat rallié à Riek Machar. "Je vais rentrer et combattre jusqu'à ce qu'on trouve une solution".

- Dans les camps, les conditions de vie se détériorent -

Les agences humanitaires mettent en garde contre une crise humanitaire qui ne cesse de s'aggraver. Certains craignent même une famine dans le pays si les combats ne cessent pas.

En quête de nourriture et de médicaments, de nombreux Sud-Soudanais ont rejoint les pays alentours, comme l'Ethiopie, où plus de 72.000 d'entre eux se sont réfugiés depuis mi-décembre.

Un nouveau camp éthiopien, ouvert fin février, est déjà plein à craquer. Sur cette terre poussiéreuse, craquelée par la sécheresse, les autorités envisagent déjà d'en installer d'autres.

"La situation dans laquelle (les réfugiés) arrivent s'aggrave progressivement", constate le chef du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) en Ethiopie, Moses Okello. "Nous craignons que le prochain groupe ne soit en très très mauvaise condition".

A voir le peu de garçons arriver dans le flot de réfugiés, il redoute aussi que de nombreux enfants soient restés au Soudan du Sud et aient été enrôlés comme soldats.

Le Soudan du Sud est né il y a moins de trois ans de la partition du Soudan, après des décennies de guerre civile contre le régime de Khartoum, dont l'actuel conflit est en partie un prolongement. Les rancoeurs alimentées alors par Khartoum entre ethnies sud-soudanaises n'ont jamais été évacuées.

Nyatuach Chol a rejoint le camp de Gambella avec sa fille et ses petits-enfants, laissant ses trois fils, adultes, se battre dans l'Etat pétrolier du Haut-Nil (nord-est).

"Je soutiens mes enfants, parce qu'ils se battent pour la paix", glisse-t-elle, visage émacié et cheveux grisonnants. Elle est sans nouvelle d'eux depuis qu'elle est partie il y a trois mois, mais évoque leur sort avec résignation.

"Si l'un d'eux meurt, alors il meurt, ceux qui survivront viendront me chercher", dit-elle. Comme le reste des combattants, estime-t-elle, ses fils se battent pour "une cause".

Moses Okello estime que l'Ethiopie peut accueillir jusqu'à 300.000 Sud-Soudanais, en tirant encore sur un budget déjà serré. D'ici à la fin de l'année, l'ONU estime au total que 251 millions d'euros seront nécessaires d'ici pour faire face à la crise humanitaire sud-soudanaise.

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