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Le chef de la diplomatie allemande à Kiev après le soutien européen à l'Ukraine

21/03/2014 11:05 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, rencontre samedi les dirigeants ukrainiens au lendemain du fort soutien affiché par les dirigeants européens aux nouveaux dirigeants à Kiev alors que les forces pro-russes poursuivent leur offensive en direction des bases militaires ukrainiennes récalcitrantes en Crimée.

Le chef de la diplomatie allemande doit aussi se rendre à Donetsk, région pro-russe de l'est de l'Ukraine qui reste sous tension après le rattachement de la péninsule à la Russie.

Le Premier ministre canadien, Stephen Harper, doit s'entretenir de son côté avec le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk.

Vendredi, les dirigeants européens ont apporté un soutien fort à l'Ukraine en signant le volet politique d'un accord d'association et en sanctionnant, après les Etats-Unis, des proches du président russe Vladimir Poutine.

Ces sanctions n'ont pas affaibli la détermination de la Russie de mener à bien le rattachement de la Crimée, cinq jours seulement après le référendum dans la presqu'île russophone. Il a été finalisé vendredi avec sa ratification à l'unanimité par la chambre haute du parlement russe.

Parallèlement, l'Ukraine s'est un peu plus éloignée de son puissant voisin lorsque M. Iatseniouk a signé le volet politique de l'accord d'association avec l'UE, avec les 28 chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles.

Cet accord "reconnait les aspirations du peuple ukrainien à vivre dans un pays basé sur des valeurs, la démocratie et l'état de droit", a déclaré Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen.

Pour le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, cet accord ne constitue "pas une mesure dictée par les intérêts de l'économie ukrainienne, du peuple ukrainien dans sa totalité mais une tentative de gagner des points dans le jeu géopolitique".

L'accord réduit à néant les espoirs de Moscou d'attirer l'Ukraine dans l'Union douanière des ex-républiques soviétiques qu'elle tente de construire.

L'UE et l'Ukraine étaient convenues de signer cet accord en novembre, mais le président ukrainien de l'époque Viktor Ianoukovitch avait fait volte-face sous la pression de Moscou, déclenchant la crise qui a conduit à sa chute puis au rattachement de la Crimée à la Russie.

Vladimir Poutine a "perdu l'Ukraine pour toujours après nous avoir déclaré la guerre", a déclaré vendredi l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko.

"Nous devons être prêts à ce que Poutine franchisse la ligne rouge", a-t-elle indiqué en affirmant que quelque 100.000 militaires russes étaient massés à la frontière ukrainienne.

- 33 noms sur la liste de l'UE -

De leur côté, les 57 pays membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) se sont mis d'accord pour envoyer une mission d'observation en Ukraine, avec l'accord de Moscou. Une centaine d'observateurs civils commenceront à être déployés d'ici 24 heures dans le pays, sauf dans la Crimée sécessionniste.

Estimant que la situation ne montrait aucun signe de "désescalade", les Etats-Unis puis l'UE ont durci jeudi et vendredi les sanctions visant des responsables russes ou ukrainiens pro-russes.

Washington a frappé haut en ciblant de proches collaborateurs du président Vladimir Poutine, dont Sergueï Ivanov, son chef de cabinet. Ils ont ajouté 20 personnes à la liste des 11 dont les avoirs étaient déjà gelés.

Bruxelles a emboîté le pas en décidant l'ajout de 12 Russes et Ukrainiens pro-russes à leur liste, portant à 33 le nombre de personnes ciblées. Les nouveaux sanctionnés sont des responsables "haut placés" comme le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine, et les présidents des chambres haute et basse du parlement russe. Le chef de cabinet de M. Poutine ne figure cependant pas sur la liste.

"Toutes ces sanctions ne valent pas un seul grain de sable de la terre de Crimée qui est retournée à la Russie", a réagi M. Rogozine.

La Russie n'a pas annoncé de mesures de rétorsion vendredi à la décision européenne alors qu'elle avait immédiatement sanctionné jeudi trois conseillers du président Barack Obama et des parlementaires, dont le sénateur conservateur John McCain.

L'UE a, par ailleurs, décidé d'accélérer les préparatifs pour signer "au plus tard en juin" un accord d'association avec la Géorgie et la Moldavie, deux ex-républiques soviétiques souhaitant sortir de la sphère d'influence russe.

- Les sanctions économiques à l'étude -

A l'issue de la signature, M. Iatseniouk a appelé l'UE à prendre de "réelles" sanctions économiques contre la Russie, car c'est le "meilleur moyen de (la) contenir".

Les 28 ont cependant décidé de ne pas franchir, pour l'instant, cette étape, en raison notamment des conséquences économiques pour les Européens eux-mêmes.

Mais l'UE veut se projeter à plus long terme en élaborant pour juin un plan d'action destiné à "accélérer" la "réduction de la dépendance énergétique, particulièrement à l'égard de la Russie", a déclaré M. Van Rompuy.

"L'Europe doit faire en sorte d'être plus indépendante et mieux armée dans les approvisionnements énergétiques", a souligné le Premier ministre britannique David Cameron. Plusieurs pays, notamment en Europe de l'Est, dépendent en effet à 100% du gaz russe.

M. Iatseniouk a reproché à la Russie d'avoir "+nationalisé+ des dizaines d'installations appartenant à l'Etat ukrainien" en Crimée. "Il ne s'agit pas de milliards mais de centaines de milliards de dollars", selon lui.

Sur le plan militaire, la France a suspendu, selon le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, la plupart de ses activités de coopération avec la Russie, notamment les échanges de visites et exercices conjoints.

En revanche, la question de la suspension éventuelle de la livraison de deux navires Mistral d'attaque à la Russie ne sera examinée qu'en "octobre", date prévue de la livraison du premier bâtiment, selon M. Le Drian.

Enfin, le président François Hollande a annoncé qu'il maintenait l'invitation de Vladimir Poutine aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement allié en Normandie le 6 juin.

bur-jri/jr

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