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La Crimée pourrait torpiller la collaboration USA-Russie sur le nucléaire (experts)

21/03/2014 01:23 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Les tensions entre Moscou et Washington sur la Crimée pourraient torpiller leur collaboration sur le nucléaire, estimaient vendredi certains observateurs, malgré la confiance de la Maison Blanche quant à la capacité des deux pays à regarder au-delà de leurs différends.

"Cela pourrait en effet devenir un problème majeur", soutient à l'AFP Ken Luongo, analyste pour l'ONG Partenariat pour la sécurité mondiale, à propos des tensions diplomatiques résultant de la crise ukrainienne.

Les derniers jours ont de fait vu Russie et Occident se répondre coup pour coup en termes de sanctions dans ce qui constitue leur pire crise diplomatique depuis la Guerre froide.

"Le Congrès (américain, ndlr) n'acceptera pas de consacrer de l'argent aux programmes de coopération entre les Etats-Unis et la Russie si la Russie continue de nous jeter du sable à la figure", ajoute M. Luongo.

Cette crise diplomatique "aura un effet", soutient la même source, s'exprimant à un rassemblement d'experts et ONG à Amsterdam quelques jours avant un sommet destiné à contrer la menace terroriste nucléaire organisé lundi et mardi à La Haye à l'initiative de Barack Obama.

"Les Etats-Unis et la Russie ont collaboré avec succès dans le passé pour sécuriser ou se débarrasser de matériaux nucléaires, et j'espère que cet esprit de coopération continuera à vivre durant ce sommet", souligne de son côté Kelsey Davenport, analyste pour L'Association pour le contrôle des armes.

"Malheureusement, certains sujets souffriront du climat politique actuel", assure-t-elle.

"Faire face à un ennemi commun"

Plus de 50 dirigeants, dont Barack Obama, participeront à ce sommet qui risque d'être éclipsé par l'Ukraine et la Crimée, le G7 profitant de l'occasion pour se réunir lundi à La Haye.

Selon Michelle Cann, analyste pour l'ONG Partenariat pour la sécurité mondiale, la collaboration entre les Etats-Unis et la Russie était déjà sur le déclin avant la crise ukrainienne : "c'est dommage parce que nous avons enregistré des succès précédemment sur la question du nucléaire".

Washington et Moscou avaient signé en 2010 un nouveau traité START de désarmement nucléaire, entré en vigueur en février 2011 pour dix ans.

Ce traité prévoit notamment un maximum de 1.550 têtes nucléaires déployées pour chacun des deux pays, soit une réduction de 30% par rapport à 2002.

Le traité prévoit également des inspections et échanges d'informations afin que les deux parties s'assurent que chacun respecte ses engagements.

Washington a assuré le 12 mars s'attendre à ce que la Russie respecte ses engagements aux termes des accords de désarmement nucléaire bilatéraux, malgré les tensions actuelles.

Les accords de désarmement "sont dans notre intérêt mutuel et nous ne voyons aucune raison pour que les tensions existant au sujet de l'Ukraine constituent un obstacle à l'application des engagements conclus avec les Russes pour réduire le nombre d'armes nucléaires", avait assuré Elizabeth Sherwood-Randall, principale conseillère de Barack Obama en la matière.

Certains observateurs tiennent à distinguer la question de la lutte contre le terrorisme nucléaire, au coeur du sommet de lundi et mardi, et celle du désarmement nucléaire.

"La lutte contre le terrorisme nucléaire est une question politique, certes, mais elle n'est en aucun cas géopolitique, comme l'est la question du désarmement nucléaire", soutient Shin Chang-Hoon, spécialiste de la question nucléaire pour l'Institut Asan, un think-tank sud-coréen.

Selon Keith Porter, directeur de l'ONG Fondation Stanley, "il s'agit en quelque sorte de faire face à un ennemi commun".

Quant à John Bernhard, ancien ambassadeur du Danemark auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique, il estime que Russie et Washington arriveront toujours à trouver des terrains d'entente : "même si nous avons une nouvelle guerre froide (...), il est possible de travailler sur des questions pour lesquelles il y a un intérêt commun".

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