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Génocide rwandais: le Dr Charles Twagira écroué en France

21/03/2014 06:08 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Le Dr Charles Twagira, inculpé jeudi à Paris pour génocide et crimes contre l'humanité pour son rôle présumé dans les massacres commis en 1994 au Rwanda, a été placé en détention provisoire, a appris vendredi l'AFP de source judiciaire.

Cette décision d'un juge des libertés et de la détention est conforme aux réquisitions du parquet de Paris. Arrêté mardi à Vire, en Normandie (nord-ouest), ce médecin dirigeait l'hôpital de Kibuye, dans l'ouest du Rwanda, au moment du génocide qui, en environ 100 jours, a coûté la vie à 800.000 personnes, en très grande majorité des Tutsi.

Cette mise en détention arrive moins d'une semaine après la première condamnation en France d'un génocidaire rwandais, Pascal Simbikangwa, condamné à 25 ans de réclusion, qui a fait appel de ce verdict.

Comme la grande majorité des Rwandais hutu poursuivis par la justice française, Charles Twagira a été traqué par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), dont le président Alain Gauthier cherche sans relâche à débusquer les génocidaires présumés installés en France.

Dans sa plainte de 2009 contre Charles Twagira, qui avait entraîné l'ouverture d'une information judiciaire, le CPCR dresse une longue liste de crimes susceptibles d'être reprochés à celui qui travaillait jusqu'à son arrestation mardi au service de gérontologie de l'hôpital de Vire.

Selon son avocat Richard Sédillot, "l'ensemble des faits est contesté" par son client. "Ce qu'il dit c'est qu'il était complètement impuissant", "il dit qu'il n'a pas joué les héros car c'était impossible devant la fureur des Interhamwe", les milices extrémistes ayant joué un rôle de premier plan dans le génocide, explique Me Sédillot. Mais il assure n'avoir "jamais rien organisé ni donné d'instruction".

"De nombreux témoins ont été entendus et il y a des divergences considérables des témoins entre eux mais aussi parfois entre les différents témoignages d'une même personne", poursuit l'avocat selon qui Twagira "n'a jamais tenu le moindre propos négationniste". "Il me dit : +Il y a eu un génocide, j'étais là.+"

Selon l'entourage de Twagira, on lui reproche notamment "d'avoir demandé de ne pas donner de soins aux Tutsi. Une des infirmières dit: +Je n'ai pas entendu ça mais c'est vrai que certaines de mes collègues ont refusé de soigner les Tutsi parce qu'elles avaient peur d'une vengeance+".

Charles Twagira a été condamné en 2009 par contumace à perpétuité par un tribunal populaire de Kibuye pour crime contre l'humanité et crime de génocide.

A l'heure actuelle, 27 procédures judiciaires sur le Rwanda sont en cours au pôle génocide du Tribunal de grande instance de Paris. Deux sont proches de la clôture, selon une source proche du dossier: elles visent Octavien Ngenzi et Tito Barahira, arrêtés en 2010 à Mayotte et en 2011 à Toulouse.

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