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France: Sarkozy met en jeu son avenir sur fond de guerre droite-gauche

21/03/2014 08:33 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

L'ex-président Nicolas Sarkozy, mis sur écoutes par des juges, est sorti brutalement de sa réserve dans une tribune incendiaire où il compare la France à une dictature, sur fond de guerre verbale désormais totale entre gauche et droite.

A la veille d'un scrutin municipal, premier test électoral dimanche pour François Hollande, la sortie de l'ancien chef d'Etat, dont l'ambition officieuse de briguer un deuxième mandat en 2017 est gênée par une demi-douzaine d'affaires judiciaires, a été jugée "insupportable" par l'exécutif socialiste et provoqué une avalanche de condamnations à gauche.

Méthodes de la Stasi (ex-police politique de l'Allemagne de l'Est), "absence de scrupules sans précédent": l'ex-président de droite (2007-2012) est virulent dans son texte d'une page et demie, publié vendredi dans le journal Le Figaro. Sans précédent connu pour un ancien chef d'Etat français, l'espionnage de ses conversations s'est soldé en février par l'ouverture d'une enquête pour trafic d'influence et violation du secret professionnel.

"Toute comparaison avec des dictatures est forcément insupportable", a aussitôt réagi le président socialiste François Hollande, qui s'était abstenu jusqu'à présent de commenter les ennuis judiciaires de son prédécesseur.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et la ministre de la Justice Christiane Taubira ont vivement réagi à la mise en cause des magistrats. Nicolas Sarkozy est "pris par une forme de rage (et) veut tout détruire", a dit vendredi le ministre de l'Intérieur Manuel Valls à la radio privée Europe 1.

La droite a en revanche apporté son soutien à son ancien champion. Son ancien Premier ministre François Fillon a fait dire par son entourage que M. Sarkozy avait eu "raison de vouloir être respecté dans ses droits" et considéré que les "écoutes ciblées" dont il a été l'objet étaient "une forme de dérèglement de notre Etat de droit". L'ancienne "plume" de M. Sarkozy, Henri Guaino, a jugé qu'il avait réagi "en tant que l'homme attaqué tous les jours" et qui trouve que "c'est trop".

La tribune de l'ancien président était vendredi abondamment commentée dans les médias. "Nicolas Sarkozy crie au complot pour mobiliser la droite", titrait Le Monde.

- Risque de 'mort politique' ? -

"A l'instar de ses prédécesseurs, François Mitterrand et Jacques Chirac, qui n'ont jamais hésité à sortir les grands mots ou les gros mensonges lorsque leur survie politique était en jeu, Nicolas Sarkozy cherche à marquer les esprits en prenant les Français à témoin", écrivait Libération.

Pour Thomas Guénolé, politologue à l'Institut de sciences politiques, l'ancien président est sorti du silence qui faisait partie de sa stratégie de reconquête "parce qu'il a eu conscience qu'il risquait sa mort politique".

Après le non-lieu dont il a bénéficié dans l'affaire Bettencourt (abus de faiblesse aux dépends de cette milliardaire), l'accumulation d'affaires judiciaires dans lesquelles il est encore cité mais qui n'ont cependant pour l'instant pas débouché sur des mises en examen risque de devenir un handicap pour son camp dans la perspective de 2017, relève le politologue.

"On est à un moment de bascule, où l'opinion et les états-majors commencent à se demander s'il ne faut pas passer à un autre champion", par exemple à l'ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, estime Thomas Guénolé.

Dans sa tribune, Nicolas Sarkozy évoque une instrumentalisation de la justice à des fins politiques, voire une théorie du complot. "Les juges entendent les discussions que j'ai avec les responsables politiques français et étrangers. Les conversations avec mon avocat ont été enregistrées sans la moindre gêne. L'ensemble fait l'objet de retranscriptions écrites dont on imagine aisément qui en sont les destinataires!", s'indigne l'ancien président.

"Vous lisez bien. Ce n'est pas un extrait du merveilleux film +La Vie des autres+ sur l'Allemagne de l'Est et les activités de la Stasi. (...) Il s'agit de la France", a-t-il aussi écrit. "Suis-je en droit de m'interroger sur ce qui est fait de la retranscription de mes conversations?", demande-t-il.

Il s'en prend aussi aux failles des dossiers judiciaires l'impliquant: financement présumé de sa campagne de 2007 par l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi, soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995.

En revanche il ne cite pas deux autres affaires: un arbitrage controversé entre l'homme d'affaires Bernard Tapie et la banque Crédit Lyonnais dans la vente d'Adidas, et les sondages commandés sans appel d'offres par l'Elysée sous sa présidence. Une omission "perturbante", selon Thomas Guénolé.

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