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Espagne: décès "imminent" de l'ancien chef du gouvernement Adolfo Suarez

21/03/2014 08:10 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Adolfo Suarez, premier chef de gouvernement espagnol après la dictature franquiste et personnalité majeure de la transition démocratique, âgé de 81 ans, est sur le point de mourir, a annoncé vendredi son fils.

L'état de santé d'Adolfo Suarez, souffrant de la maladie d'Alzheimer, s'est aggravé et "tout donne à penser que le dénouement est imminent", a déclaré Adolfo Suarez Illana lors d'une conférence de presse convoquée en urgence à la clinique Cemtro à Madrid, où son père a été admis lundi.

La maladie "a beaucoup avancé", a-t-il ajouté, contenant difficilement son émotion.

"C'est imminent et cela peut arriver beaucoup plus vite que nous croyons. Nous lui avons donné les saints sacrements et il est en paix", a encore expliqué Adolfo Suarez Illana.

"Nous sommes face à un horizon qui ne dépasse pas les 48 heures", a-t-il dit, alors que les médias ont immédiatement annoncé des émissions spéciales dédiées à cette figure charismatique.

"Cela fait onze ans que nous nous préparons mais ce n'est jamais facile et c'est toujours très dur", a-t-il confié, avant de se lever précipitamment et de s'effondrer en larmes en se cachant la tête dans les mains.

En 2005, Adolfo Suarez Illana avait pour la première fois publiquement annoncé la maladie de son père. "Mon père ne se souvient plus qu'il a été chef du gouvernement", avait-il dit alors.

Premier chef de gouvernement de l'actuelle démocratie, de 1976 à 1981, mais aussi héritier du franquisme, Adolfo Suarez est l'une des figures les plus emblématiques de la délicate période de transition qui a permis à l'Espagne de tourner la page de la dictature (1939-1975).

"Ces derniers jours ont été heureux. Il nous a offert plus de sourires que durant ces cinq dernières années", a témoigné Adolfo Suarez Illana.

Adolfo Suarez avait été hospitalisé lundi pour une infection respiratoire, alors qualifiée "d'habituelle" par sa famille compte tenu de la maladie dont il souffre depuis une dizaine d'années.

Adolfo Suarez avait été nommé en 1976 chef du gouvernement par le roi Juan Carlos, dont il était alors très proche, monté sur le trône à la mort de Francisco Franco le 20 novembre 1975.

C'est sous son gouvernement que seront adoptées les principales réformes ayant permis à l'Espagne de passer de la dictature à la démocratie: légalisation de tous les partis, y compris l'autorisation controversée du Parti communiste, amnistie des prisonniers politiques et la rédaction, puis l'approbation en référendum en 1978, de la Constitution.

"Le roi a été présent tous les jours de ces 11 dernières années", a affirmé le fils de l'ancien chef de gouvernement.

"Ensemble, ils ont changé le cours de l'Histoire de l'Espagne". "Grâce au roi, il fut président du gouvernement, grâce au roi, il a pu faire ce qu'il voulait à un moment unique de l'Histoire de l'Espagne", a-t-il poursuivi.

Le mandat d'Adolfo Suarez fut ratifié par les urnes lors des premières élections démocratiques organisées après la dictature, le 15 juin 1977, où il se présentait comme chef de file du parti centriste Union du Centre Démocratique (UDC).

Toutefois, après une seconde victoire électorale en 1979, acculé par les tensions internes à son parti et privé du soutien du roi, il avait démissionné par surprise en janvier 1981, peu avant la tentative de coup d'Etat du 23 février, finalement bloqué par le roi Juan Carlos.

Adolfo Suarez s'était néanmoins présenté aux élections de 1982 à la tête d'un nouveau parti centriste, le Centre Démocratique et Social, mais s'était s'incliné face au socialiste Felipe Gonzalez.

Déjà divisé lorsqu'il était au pouvoir, le centre s'était alors fragmenté avant de disparaître.

Né le 25 septembre 1932 à Cebreros, dans la province d'Avila, dans le centre de l'Espagne, père de cinq enfants, Adolfo Suarez avait perdu sa femme, Amparo Illana, en 2001, puis une fille en 2004.

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