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En Turquie, la guerre déclarée par Erdogan à internet provoque l'indignation

21/03/2014 10:16 EDT | Actualisé 21/05/2014 05:12 EDT

Le blocage du réseau Twitter décrété par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan en Turquie à huit jours d'un scrutin municipal crucial pour son régime a suscité un concert mondial de protestations contre la "censure", y compris de la part du président turc.

Sur ordre du gouvernement, l'autorité des télécommunications (TIB) a purement et simplement interdit jeudi soir l'accès au site de microblogging, coupable d'avoir diffusé des enregistrements de conversations téléphoniques piratées qui mettent en cause M. Erdogan dans un vaste scandale de corruption.

Au milieu d'une avalanche de critiques venues de Turquie comme de nombreuses capitales étrangères, le chef de l'Etat turc Abdullah Gül a dénoncé explicitement la mesure prise par le chef du gouvernement.

"On ne peut pas approuver le blocage total des réseaux sociaux (...) j'espère que cette situation ne durera pas longtemps", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Réputé plus modéré, M. Gül a multiplié les prises de distance publiques avec les positions intransigeantes de M. Erdogan, un de ses compagnons de route politiques.

Le mois dernier, il avait ainsi promulgué une nouvelle loi controversée du gouvernement renforçant le contrôle d'internet mais s'était catégoriquement opposé au Premier ministre lorsque ce dernier avait menacé de s'en prendre à YouTube et Facebook.

De leur côté, le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), et le président de l'association des barreaux de Turquie (TBB), Metin Feyzioglu, ont annoncé vendredi avoir saisi la justice pour obtenir la levée de l'interdiction.

"C'est une violation incroyable des droits fondamentaux et des libertés", s'est indigné auprès de l'AFP le député du CHP Aykan Erdemir, "la Turquie fait désormais partie des pays les plus autoritaires en matière de liberté sur le net".

- "Eradiquer Twitter" -

La décision de la TIB a été motivée par des plaintes en justice déposées à Istanbul mais le bureau du procureur de la ville a affirmé vendredi, dans un communiqué, n'avoir rendu "aucune décision" d'interdiction.

Dans la dernière ligne droite d'une campagne électorale municipale très tendue par les affaires de corruption qui le visent personnellement, M. Erdogan avait annoncé sa décision jeudi devant des milliers de partisans à Bursa (ouest).

"Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque de ce que pourra dire la communauté internationale", avait-t-il lancé.

Sitôt matérialisée, la décision des autorités a été rapidement contournée par les internautes qui ont pu accéder au réseau via d'autres serveurs. Vendredi, l'accès au réseau, qui compte plus de dix millions d'abonnés en Turquie, était ainsi possible sur une partie du parc des téléphones portables du pays.

Même vidée d'une partie de son effet, la décision du gouvernement a provoqué de nombreuses réactions outrées à l'étranger.

"Très inquiet", le commissaire européen à l'Elargissement Stefan Füle a rappelé à Ankara, candidat depuis longtemps à l'adhésion à l'UE, que "l'usage des réseaux sociaux est une liberté fondamentale de l'Union européenne".

A Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a dénoncé une mesure "choquante" et "contraire aux libertés d'expression et de communication. Son homologue du gouvernement allemand a rappelé que "dans une société libre, le choix des moyens utilisés pour communiquer appartient aux citoyens, pas à l'Etat".

Amnesty International a également critiqué Ankara, l'appelant à "immédiatement" revenir sur sa décision jugée comme "une attaque sans précédent contre la liberté d'expression et d'internet en Turquie".

Eclaboussé depuis la mi-décembre par un scandale de corruption sans précédent, M. Erdogan a riposté par de vaste purges dans la police et la justice. Et il a fait voter une série de lois très controversées, dont un texte renforçant le contrôle d'internet en février.

Il accuse ses anciens alliés de la confrérie de l'imam Fethullah Gülen d'être à l'origine des accusations de corruption lancées contre lui pour le déstabiliser.

En Turquie, de nombreuses voix ont vu dans cette décision une confirmation de la dérive autoritaire de M. Erdogan, au pouvoir depuis 2002.

La principale confédération du patronat turc (Tüsiad) a dénoncé une "interdiction disproportionnée, controversée et contraire aux libertés". "La véritable démocratie ne peut être assurée qu'en garantissant le libre accès à l'information", a-t-elle ajouté.

L'interdiction de Twitter a été justifiée par le ministre des Télécommunications Lutfi Elvan. "C'est une décision juridique et pas politique", a-t-il plaidé, "la Turquie n'est pas un pays interdisant internet mais ces plateformes doivent se conformer aux lois".

M. Erdogan n'a, par contre, pas évoqué cette controverse lors de deux discours électoraux dans le nord-est du pays.

Des appels à manifester vendredi ont commencé à apparaître sur les réseaux sociaux à Ankara, Istanbul et Izmir (ouest), les trois plus grandes villes du pays.

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