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Municipales: ambivalence des Français face à la corruption de leurs élus

20/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

Des maires en délicatesse avec la justice ou la morale publique ont de bonnes chances de conserver leurs sièges aux élections municipales des 23 et 30 mars en France, révélateur de l'ambivalence des citoyens face à la corruption de leurs élus.

Détournements de fonds publics, blanchiment de fraude fiscale, achats de voix... cette poignée d'élus sur lesquels pèsent de lourds soupçons jouissent le plus souvent de l'investiture de leurs partis.

Même si "la France n'est pas le pays le plus corrompu d'Europe", relève l'ONG Transparency International, ces "cas particuliers" dont les médias se font l'écho nourrissent le discrédit de la politique, révélé par le taux d'abstention toujours plus élevé à chaque élection: 35% en 2008 au dernier scrutin municipal, et certainement plus cette fois-ci selon tous les analystes.

Une première réponse à ce discrédit est venue en début d'année avec une loi limitant le cumul des mandats - une plaie de la vie politique française, où un député ou un sénateur pouvait en même temps gérer une ville, instituant de véritables fiefs et bloquant le renouvellement du personnel politique.

L'ONG Anticor, qui se présente comme un "groupe de pression" ayant pour objectif de "rendre les citoyens plus vigilants et les hommes politiques plus rigoureux dans leur gestion des affaires publiques", se bat pour aller plus loin.

A chaque élection, elle propose à la signature des candidats une "charte éthique". Ceux qui briguent un siège de maire s'engagent ainsi à de "bonnes pratiques de gestion": transparence des décisions, participation citoyenne, prévention du trafic d'influence, suspension d'un adjoint poursuivi pour un atteinte à la probité...

"La question éthique est devenue centrale dans le débat politique," assure Séverine Tessier, co-fondatrice d'Anticor.

Cependant cette charte n'a été signée que par environ 350 candidats maires, sur 36.674 sièges à pourvoir (9.929 pour les villes de plus de 1.000 habitants).

Et les partis politiques, partagés entre exigence éthique et logique partisane, hésitent à faire le ménage dans leurs rangs.

- clientélisme -

Car les électeurs, vite prêts à entonner le discours du "tous pourris", n'en manifestent pas moins une certaine tolérance envers leurs édiles "dont ils attendent parfois un passe-droit pour régler un problème personnel ou obtenir une place en crèche", note Séverine Tessier.

Le symbole jusqu'à la caricature du clientélisme politique est incarné par l'industriel milliardaire et sénateur UMP (droite) Serge Dassault, soupçonné par la justice d'avoir été au coeur d'un vaste système d'achats de voix dans les cités populaires de Corbeil-Essonne, ville de la banlieue sud de Paris dont il a été maire de 1995 à 2009.

Ces accusations avaient déjà motivé l'annulation de sa dernière élection par le Conseil d'Etat - la plus haute instance administrative - mais l'avionneur avait alors fait élire son bras droit Jean-Pierre Bechter tout en continuant à faire profiter certains habitants de ses largesses.

M. Bechter, mis en examen dans cette enquête judiciaire pour achats de voix présumés, n'en bénéficie pas moins de l'investiture de l'UMP et un sondage le donne gagnant face à la gauche.

Patrick Balkany (UMP), un proche de l'ancien président Nicolas Sarkozy, garde lui aussi de bonnes chances de conserver pour un cinquième mandat la mairie de Levallois (ouest de Paris). Déjà condamné en 1997 pour prise illégale d'intérêts, il est maintenant la cible d'une enquête pour "blanchiment de fraude fiscale" et soupçonné d'avoir puisé dans les caisses de la ville pour rémunérer un fonctionnaire qu'il utilisait comme chauffeur personnel.

Le Parti socialiste au pouvoir risque quant à lui de payer cher certaines pratiques: l'ancienne ville minière d'Hénin-Beaumont (nord) qu'il gérait depuis plus de 60 ans menace de tomber dans les mains de l'extrême-droite. Le Front National y dénonce depuis des années le "clientélisme" de l'ancien maire Gerard Dalongeville, condamné en première instance à quatre ans de prison pour détournement de fonds publics. Pour sa défense, M. Dalongeville a mis en cause un système de commissions occultes entre les entreprises et le PS dans la région.

L'histoire du maire divers-gauche de Propriano (Corse) est encore différente: déclaré temporairement inéligible pour ne pas avoir justifié de quelques milliers d'euros de frais de bouche dans ses précédents comptes de campagne, il a suscité la candidature de sa femme avec l'idée qu'elle démissionne au bout d'un an afin qu'il puisse récupérer le siège.

bur-nou/alc/glr

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