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L'ex-URSS tétanisée par le rattachement de la Crimée à la Russie

20/03/2014 10:27 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Le rattachement de la Crimée à la Russie a jeté un froid dans l'ex-URSS, où le président russe a recueilli peu de soutiens officiels: les pays aux prises avec des séparatismes soutenus par Moscou condamnent, d'autres observent un mutisme prudent.

"Les événements en Ukraine sont une menace non seulement pour la stabilité de la région, mais aussi pour tout l'ordre mondial", a déclaré mercredi le président de la Géorgie, ex-République soviétique pro-occidentale du sud de la chaîne du Caucase, Guiorgui Margvelachvili.

La Géorgie a connu en 2008 une guerre de cinq jours avec la Russie, à l'issue de laquelle le Kremlin a reconnu l'indépendance de l'Ossétie du Sud et d'un autre territoire séparatiste, l'Abkhazie, et y a déployé des milliers de soldats. Tbilissi et les pays occidentaux avaient dénoncé une occupation de fait.

Les autorités séparatistes de ces deux territoires, non reconnus par la communauté internationale, ont quant à elles applaudi le rattachement de la Crimée, après une prise de contrôle de la péninsule par des forces pro-russes suivie d'un référendum sur le rattachement organisé le 16 mars.

- La Moldavie inquiète -

La Moldavie, ex-République soviétique à majorité roumanophone coincée entre la Roumanie et l'Ukraine, dit craindre une répétition du scénario ukrainien sur son territoire. Sa partie orientale, la Transdniestrie, est dominée par des minorités russe et ukrainienne. Cette région avait fait sécession, avec le soutien de Moscou, à l'issue d'une guerre en 1992, un an après la chute de l'URSS, mais son indépendance n'a été reconnue par aucun pays.

"Il y a beaucoup de choses en commun entre les événements en Crimée et la situation en Transdniestrie", a déclaré le président moldave Nicolae Timofti, ajoutant: "Nous avons des informations selon lesquelles des choses précises sont entreprises pour déstabiliser la situation".

Le gouvernement russe devait consacrer jeudi une réunion à la question du "soutien à la Transdniestrie". Cette réunion avait été annoncée mardi par le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine, qui accuse l'Ukraine voisine d'avoir "décrété un blocus de fait de la Transdniestrie".

L'intervention de Moscou en Crimée participe d'une "stratégie globale" de la Russie, qui pourrait intervenir dans l'est de l'Ukraine, a affirmé mercredi à Washington le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.

A la tête d'un des plus importants partenaires de la Russie, le Kazakhstan --pays d'Asie centrale riche en hydrocarbures, qui accueille dans ses steppes le cosmodrome russe de Baïkonour et dont 26% de la population est d'origine russe-- le président Noursoultan Nazarbaïev a gardé un silence total.

"Le Kazakhstan a fait bonne figure, montrant qu'il reste un partenaire de la Russie mais, dans les régions où Russes et Kazakhes sont à parité ou où les Russes sont majoritaire, le processus d'inversion des proportions va s'accélérer", affirme l'analyste Konstantin Kalatchev, chef du Groupe d'experts politiques. "Pour le Kazakhstan, la Crimée est une leçon, les conclusions sont tirées", lance-t-il.

- Le Bélarus très réservé -

Autre partenaire de taille, le Belarus, pays frontalier de l'Union européenne, au régime autoritaire, se montre très réservé. Dans un communiqué diffusé mercredi, Minsk indiquait seulement vouloir faire "tous les efforts nécessaires pour que les relations entre l'Ukraine et la Russie redeviennent des liens fraternels et de bon voisinage".

"Comment fuir un tel +ami+?", s'interroge l'analyste politique Andreï Klimov, qui prédit avant 2015 un référendum de rattachement du Belarus à la Russie.

La Russie, le Bélarus et le Kazakhstan ont formé en 2010 une Union douanière qui devait être transformée en 2015 en Union économique eurasiatique. Ils ont été rejoints en septembre par l'Arménie. "Si la Russie continue cette politique, elle fait une croix sur l'Union eurasiatique", estime M. Klimov.

Finalement, le soutien est venu du président arménien Serge Sarkissian qui a estimé que le référendum de Crimée était "un nouvel exemple du droit d'un peuple à l'autodétermination".

Voisin de l'Arménie, l'Azerbaïdjan, embourbé avec elle dans un conflit territorial, souhaite lui aussi rester en bons termes avec le Kremlin et s'est fait discret.

En Asie centrale, les autorités turkmènes, ouzbèkes et tadjikes ont gardé le silence.

Le Kirghizstan, qui a d'abord désavoué le président pro-Kremlin déchu en Ukraine, a attendu quatre jours avant de reconnaître jeudi, le référendum tenu en Crimée comme une "réalité objective".

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