POLITIQUE

L'emploi et l'identité provoquent des flammèches entre les chefs

20/03/2014 08:51 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT
PC

L'économie et les questions identitaires ont animé le premier débat des chefs de la campagne électorale au Québec, jeudi soir. Les statistiques sur l'emploi et les divergences d'opinions sur la charte de la laïcité proposée par le Parti québécois ont entraîné les échanges les plus vifs entre Pauline Marois, Philippe Couillard, François Legault et Françoise David.

LES FAITS SAILLANTS

1- Guerre de chiffres sur l'emploi

Les chefs se sont livrés à une guerre de chiffres sur les emplois créés ou perdus durant le mandat du Parti québécois.

Pauline Marois affirme qu'il s'est créé 48 000 emplois en 2013, presque tous à temps plein, citant les données de l'Institut de la statistique du Québec. Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a rétorqué que la méthode choisie par la chef péquiste « cache la perte d'emplois et la paralysie en 2013. Les Québécois savent qu'il ne se crée plus d'emplois au Québec. »

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a renchéri, disant que le gouvernement péquiste n'avait créé aucun emploi à temps plein depuis son arrivée au pouvoir. Selon Mme Marois, les données qu'elle cite reflètent la réalité. Elle s'est aussi félicitée que le taux de chômage du Québec soit désormais comparable à celui de l'Ontario.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a tenté de tirer son épingle du jeu en disant : « Vous êtes tous d'accord dans le fond. Il s'est créé des emplois, mais c'est insatisfaisant. Mais on n'a pas suffisamment stimulé l'économie. Nous voulons le faire par le transport en commun, des emplois dans les services, l'économie sociale, la culture », a-t-elle dit.

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2- La cimenterie de Port-Daniel-Gascons

La filière éolienne, les tarifs d'Hydro-Québec et le projet de cimenterie de Port-Daniel (un investissement de 450 millions de dollars de Québec) ont aussi été abordés. À ce sujet, François Legault a accusé Philippe Couillard d'être aussi « interventionniste » que le PQ, puisque les libéraux sont d'accord avec ce projet de cimenterie.

M. Couillard a répondu qu'il fallait poursuivre ce projet « parce que je veux des jobs pour les Gaspésiens. J'appuie ce projet et je crois que la majorité des Québécois l'appuient aussi », a-t-il répliqué.

3- L'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti

Françoise David a critiqué le projet péquiste d'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti. Selon elle, il s'agit d'une entreprise qui sera très polluante. Elle a demandé pourquoi le gouvernement ne miserait pas plutôt sur le transport en commun. Pour sa part, Philippe Couillard a dit que le Parti québécois faisait preuve d'« amateurisme et d'électoralisme » dans le dossier d'Anticosti. Selon lui, l'entreprise est trop risquée. « Vous voulez jouer à la loterie » avec l'argent des contribuables, a-t-il lancé à Pauline Marois.

La chef du PQ a répliqué en soutenant que le Québec en bénéficiera sur le plan des emplois et des revenus. De plus, ce pétrole sera exploité de façon responsable et sera transporté de façon sécuritaire, selon elle. Il s'agit d'un investissement rentable, a-t-elle affirmé, accusant du même souffle les libéraux de vouloir ajouter 15 milliards de dollars à la dette sur 10 ans en investissant dans les infrastructures.

4- Référendum ou pas?

François Legault a insisté pour que Pauline Marois dise clairement si elle tiendrait un référendum sur la souveraineté du Québec dans un prochain mandat.

« Il n'y en aura pas de référendum, tant que les Québécois ne seront pas prêts. Nous ne le ferons pas en cachette ou en pleine nuit », a répondu Mme Marois. « Pas comme dans la nuit des longs couteaux où on a adopté une Constitution contre [le Québec], et que M. Couillard voudrait signer », a-t-elle poursuivi, en visant le chef libéral. « Non, c'est une élection pour choisir un gouvernement ». Elle a répété qu'elle déposerait un livre blanc sur l'avenir du Québec.

Philippe Couillard a quant à lui rappelé que le référendum était le programme de Mme Marois et qu'il voulait défendre les intérêts du Québec, en travaillant d'abord à assurer la prospérité et la création d'emplois.

Sur la question nationale, Françoise David a demandé à M. Legault pourquoi il ne voulait pas épouser la cause souverainiste, « un beau projet de valeurs communes », selon elle. Le chef de la CAQ a dit que les deux tiers des Québécois ne voulaient pas de référendum. « Ce n'est pas le bon moment. On en a pour au moins 10 ans pour rétablir [une bonne situation économique] », affirme-t-il.

Mme Marois s'est par ailleurs dite prête à accueillir Mme David au sein de sa formation, puisqu'elle est souverainiste. Françoise David a rétorqué que l'idée de souveraineté n'appartient pas à un seul parti.

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5- La charte des valeurs

Concernant la charte des valeurs, Philippe Couillard a soutenu que les partis s'entendaient sur certains points au sujet des accommodements religieux et la laïcité. Il a reproché à Mme Marois de vouloir faire perdre leur emploi à de nombreuses femmes avec son projet de charte, qui prévoit une interdiction des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique. Pauline Marois a répliqué que la seule femme à avoir perdu son emploi en raison de la charte, c'était l'ex-libérale Fatima Houda-Pepin, aujourd'hui candidate indépendante dans La Pinière après avoir été expulsée du caucus de son parti.

Autant Françoise David que François Legault ont rappelé que leur formation avait présenté un projet de loi pour affirmer la laïcité de l'État, et étaient pour l'interdiction du port de signes religieux pour les employés de l'État qui occupent une fonction d'autorité.

6- Les commissions scolaires

La taxe scolaire a donné lieu à un vif échange entre François Legault et Pauline Marois. La chef du PQ a laissé entendre que son adversaire de la CAQ « inventait l'argent » en promettant de réduire de 1000 $ le fardeau fiscal des familles propriétaires, notamment en abolissant la taxe scolaire.

Sans répondre directement à l'attaque, M. Legault a répliqué que Mme Marois avait commis une « erreur de gestion » en provoquant une augmentation de la taxe scolaire par des compressions dans les commissions scolaires. 

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François Legault a poursuivi au sujet des commissions scolaires dans son duel contre Philippe Couillard. Alors que le chef libéral expliquait qu'il voulait d'abord réduire la bureaucratie au ministère de l'Éducation, son adversaire de la CAQ l'a accusé de ne pas être capable « de résister au lobby des commissions scolaires qui sont dans les congrès libéraux ». M. Couillard a répliqué en accusant M. Legault de ne promettre aucun changement, en remplaçant les commissions scolaires par d'autres structures.

7- Le sort des aînés

Françoise David s'est surtout inquiétée du sort des aînés, affirmant que l'assurance autonomie proposée par le Parti québécois menait vers une privatisation des services. Ce dont s'est défendue Pauline Marois, qui a souligné que son ministre sortant de la Santé, Réjean Hébert, est un spécialiste des questions concernant les personnes âgées.

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8- La gouvernance et l'intégrité

Dans un des seuls moments où le sujet de l'intégrité a été abordé, Françoise David a rappelé que Philippe Couillard était devenu partenaire d'un fonds d'investissement en santé peu après la fin de sa carrière politique. La co-porte-parole de Québec solidaire a demandé au chef libéral s'il serait d'accord pour allonger à cinq ans le délai pendant lequel un ancien ministre ne pourrait travailler pour une entreprise pouvant faire affaire avec le gouvernement.

M. Couillard a estimé que la limite actuelle de deux ans était raisonnable. Il a affirmé qu'il avait consulté le premier ministre avant de faire le saut dans le privé. « J'ai agi dans les règles », a-t-il dit.

Pauline Marois a semblé tendre la main à Françoise David, rappelant qu'elles avaient lutté ensemble contre les libéraux dans le passé. Toutefois, François David n'a pas paru vouloir prendre cette main tendue.

M. Couillard, François Legault et Mme Marois se sont livré une guerre de chiffres au sujet des cadres financiers, s'accusant les uns les autres de ne pas savoir compter.

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