POLITIQUE

Élections 2014 - Débat des chefs: les conseils des pros pour les quatre chefs

20/03/2014 05:48 EDT | Actualisé 20/03/2014 10:07 EDT
PC

Chaque chef aura un objectif différent lors du premier débat des chefs de la campagne électorale jeudi soir. Nous avons demandé à deux ex-conseillers et à un spécialiste de l'image comment chaque chef peut remporter la rencontre, selon ses propres objectifs.

Associé principal chez Octane Stratégies, Louis Aucoin a été directeur des communications du Bloc québécois, sous Gilles Duceppe. Pour sa part, le sénateur Jean-Claude Rivest était un proche conseiller du premier ministre Robert Bourassa, en plus d'avoir conseillé les chefs du Parti progressiste-conservateur au fédéral. Finalement, Jean-Jacques Stréliski est un spécialiste de l'image et professeur à HEC Montréal. Il a fait carrière chez Publicis Montréal, où il a occupé le poste de vice-président et directeur de la planification stratégique et créative.

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Pauline Marois

Les plus récents sondages tombent mal pour Pauline Marois. Alors que le PQ et le PLQ étaient au coude-à-coude jusqu'à récemment, un sondage Ipsos-Reid-CTV publié mercredi donne le PLQ à 37% et le PQ à 32%. «Pauline Marois arrive moins en favorite», note Jean-Jacques Stréliski.

Lors du débat, elle devra reprendre le contrôle de l'agenda, après que sa campagne eut déraillée à la suite de l'arrivée en politique de Pierre Karl Péladeau. «Elle doit reprendre le leadership et ne pas être sur la défensive, indique Jean-Jacques Stréliski. Elle doit être ferme sur son programme. Les Québécois ne veulent pas entendre parler de la charte. Ils veulent qu'on parle de santé, d'économie et d'éducation.»

Même son de cloche du côté du sénateur Rivest. «Elle doit présenter ses orientations économiques et défendre sa gestion, dit-il. Pauline Marois devra démontrer qu'elle a réussi à faire avancer le gouvernement, malgré la mince marge de manoeuvre que lui laissait son gouvernement minoritaire.»

Louis Aucoin croit plutôt que Pauline Marois marquera des points si elle aborde la charte des valeurs. «La charte, c'est là où le PQ gagne des points. Elle doit parler d'identité québécoise». Autre défi de la chef du PQ: maintenir la mobilisation des troupes péquistes, stimulée par la déclaration de foi souverainiste de Pierre Karl Péladeau. Toutefois, une majorité des Québécois ne souhaite pas de référendum. «Pauline Marois devra réussir à passer entre ces deux balises, dit Louis Aucoin. Elle l'a déjà fait.»

Finalement, les ombres du «deal» entre la FTQ et le mari de Pauline Marois, de même que la question du contrôle de Québecor par Pierre Karl Péladeau constitueront des terrains glissant pour la chef du PQ.

Philippe Couillard

Des quatre candidats, Philippe Couillard est le seul qui n'ait jamais participé à un débat des chefs. Le «bon docteur Couillard» devra démontrer qu'il peut sortir les griffes. «On voit qu'il fait des efforts depuis le début de la campagne, souligne le sénateur Rivest. Il devra démontrer de l'intensité et de la conviction au cours du débat. Il doit éviter de réciter.»

L'ex-publicitaire Jean-Jacques Stréliski note aussi que le chef du PLQ a une image de «premier de classe». «Ses costumes sont trop serrés, il faut qu'il se donne de l'aisance, qu'il desserre sa cravate un peu», dit-il. «Je ne crois pas que ce soit un orateur fantastique», ajoute-t-il.

Son défi? «Il doit rompre avec l'ancien PLQ, dit M. Stréliski. Il doit nous montrer que l'ère Charest est révolue. Pour le moment, on ne sent pas la rupture. Pauline Marois tentera de l'enfarger là-dedans.»

Sur la stratégie, Louis Aucoin estime que le chef du PLQ doit «faire du judo» avec le slogan du PQ. «Il doit faire passer Pauline Marois de ''déterminée'' à ''obsédée'' sur la question du référendum.» Toutefois, le débat référendaire pourrait s'avérer être un piège pour Philippe Couillard. «Il a promis de nous parler des ''vraies affaires'', mais pour le moment il parle beaucoup de référendum. Il devra parler des autres enjeux s'il veut paraître crédible.»

La charte aussi pourrait être un terrain glissant: «Pour l'instant, Philippe Couillard semble représenter les intérêts des gens contre la charte», dit Louis Aucoin. Mais les sondages démontrent qu'une majorité de la population appuie la charte. «[Philippe Couillard] devra démontrer qu'il peut représenter les intérêts de tous et gouverner pour la majorité.»

François Legault

Le chef de la CAQ devra lui aussi montrer son côté mordant, s'il veut faire passer son message. «C'est un vaillant, un combattant, note Jean-Jacques Stréliski. Le problème, c'est qu'il n'est pas inspirant. C'est un bon gars, un bon comptable, mais il a le défaut de ses qualités.» Le sénateur Jean-Claude Rivest fait la même lecture: «Toute comme Philippe Couillard, il devra être plus intense lors du débat.»

Les deux observateurs soulignent que, si le message de la CAQ est pertinent, celui-ci ne passe pas auprès de l'électorat. «Il y a beaucoup de lucidité dans son analyse de la situation québécoise, dit le sénateur Rivest. Il faut qu'il continue à le présenter avec son côté ''bon enfant''.»

«Ce n'est pas un mauvais débatteur, mais il doit faire attention à son sourire narquois quand les autres parlent», souligne Jean-Jacques Stréliski.

Sur le fond du propos, les positions mitoyennes de la CAQ pourraient nuire à François Legault. «Le danger pour lui est de confirmer qu'il est inapte à gouverner s'il ne peut pas prendre position sur la question de la constitution, lance Louis Aucoin. C'est une question qui préoccupe les gens. S'il s'exclut ce débat, ça confirme qu'il ne peut pas être premier ministre.» François Legault affirme que la question nationale doit être laissée de côté pour dix ans, le temps de relancer l'économie québécoise.

Même chose pour la charte des valeurs, où la CAQ propose une solution à mi-chemin entre celles du PQ et du PLQ. «Sur la question de la constitution et de la charte, François Legault se fond dans le gris», dit Louis Aucoin.

Françoise David

La co-porte-parole de Québec solidaire a créé la surprise générale lors du débat en 2012. Cette fois, ses adversaires ne lui laisseront pas le champ libre, croit Louis Aucoin. «La dernière fois, elle n'a pas été attaquée, ce ne sera pas le cas cette fois-ci, dit-il. Parce que maintenant, elle attaque, elle est à la chasse aux souverainistes.» Alors que les enjeux sociaux ont toujours été la priorité de Québec solidaire, le parti parle de plus en plus de souveraineté, pour aller chercher des votes au PQ et chez Option nationale.

«Si on se met à l'attaquer, ce sera plus difficile pour elle de conserver son image posée», ajoute Louis Aucoin. Pour le sénateur Rivest, la performance de Françoise David sera forcément comparée à son passage en 2012. Toutefois, les observateurs ne s'inquiètent pas trop pour Françoise David, une oratrice naturelle. «Si elle reste authentique et naturelle, je ne suis pas inquiet pour elle», dit le sénateur Rivest.

«C'est une excellente débatteuse», affirme Jean-Jacques Stréliski. En débat, elle écoute. C'est une grande qualité.» Alors que le PQ semble prendre un virage à droite, remarque l'ex-publicitaire, Françoise David sera la seule candidate de gauche sur le plateau. «Elle pourra exposer ses idées, tandis que les trois autres candidats devront faire dans la nuance pour se démarquer l'un de l'autre», souligne-t-il.

Seul bémol, l'image de Françoise David s'est déjà cristallisée dans l'imaginaire collectif. «Le problème, c'est qu'elle représente l'opposition au pouvoir établi, dit Louis Aucoin. Elle n'est pas inapte à gouverner, mais ça nous empêche de la voir comme ''première ministrable''.»

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