POLITIQUE

Élections 2014 - Débat des chefs: comment se préparent les candidats

20/03/2014 05:47 EDT | Actualisé 20/03/2014 10:06 EDT
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Les débats des chefs peuvent faire ou défaire une campagne. Simulations, phrases-choc, lapins sortis du chapeau: les interventions sont étudiées, planifiées des semaines à l'avance. Deux ex-conseillers et un expert en image nous livrent quelques trucs de pros.

Depuis mardi, les chefs des quatre principaux partis se préparent activement au débat des chefs qui sera diffusé ce soir sur les ondes de Radio-Canada et de Télé-Québec. Chacun se prépare à sa manière. Pauline Marois a choisi de simuler un débat, tandis que Françoise David s'est retirée à son chalet. François Legault planche depuis une semaine sur ce débat de la dernière chance, alors que Philippe Couillard préfère poursuivre sa campagne électorale jusqu'à la dernière minute.

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«La première règle est de respecter la personnalité de chaque chef, dit le sénateur Jean-Claude Rivest, ex-conseiller de Robert Bourassa. Ils ont chacun leur propre démarche pour se préparer.» Par exemple, Robert Bourassa se préparait seul en identifiant uniquement cinq ou six éléments à mentionner lors du débat. «À mon avis, c'est la meilleure approche, dit le sénateur Rivest. Ça évite de devenir trop scolaire, il faut rester spontané.»

Le but de la préparation est de mettre le candidat en confiance, dit Louis Aucoin, ex-directeur des relations de presse du Bloc québécois. «Ça demande un cadre intime. La préparation se fait entouré uniquement de ses conseillers de confiance, dit-il. Il faut filtrer son entourage et éviter les distractions. On ne veut pas qu'un cousin appelle pour l'encourager ou qu'un recherchiste arrive avec plus de questions que de réponses.»

L'avant-match

Certains chefs participeront à des simulations de débats où un conseiller jouera le rôle de l'adversaire en lançant les questions les plus difficiles, voire embarrassantes. Jean-Claude Rivest se rappelle avoir joué le rôle de Jean Chrétien lors de la préparation de Jean Charest, alors chef du Parti progressiste-conservateur. «On travaillait avec les agences de publicité sur la technique et la meilleure façon de formuler les phrases, explique le sénateur Rivest. Personnellement, je ne suis pas de cette école, mais Jean Charest écoutait beaucoup les conseils.» Les simulations sont filmées, puis analysées.

D'autres candidats préfèrent éviter ces simulations de débat. «Le problème, c'est que certains simulateurs ne sont pas très bons», dit Louis Aucoin.

À l'image des matchs sportifs, on n'hésite pas à revoir les débats passés, dit le spécialiste en image et professeur à HEC Montréal, Jean-Jacques Stréliski. «Pour se préparer, on regarde les anciens débats, on cherche les failles des adversaires», dit-il.

«On prépare des phrases-choc qui pourraient marquer l'esprit du public ou les médias, ajoute Louis Aucoin. Plus le chef est bien préparé, plus il pourra placer sa ligne au moment opportun et d'une façon naturelle.» Mais si le candidat tente trop de placer sa ligne, celle-ci peut sembler plaquée et rater son effet. «On n'a pas l'air d'un leader si la phrase tombe à plat.»

Lapins, image et marketing

Au fil des ans, on a vu des candidats sortir un lapin de leur chapeau pour déstabiliser l'adversaire. Ainsi, en plus de rechercher les faiblesses des adversaires, il faut identifier ses propres failles que l'adversaire pourrait utiliser. En 2003, Jean Charest a réussi à déstabiliser Bernard Landry en plein débat. Le chef du PLQ a affirmé que Jacques Parizeau avait récemment répété ses propos sur «l'argent et le vote ethnique» pour justifier la victoire du Non au référendum de 1995. La citation n'était pas exacte, mais le coup a porté lors du débat. «Il n'y a pas de sortie élégante dans une telle situation, estime Louis Aucoin. Il faut changer de sujet rapidement.»

Après la stratégie et les phrases-choc, l'équipe s'attarde à l'image du chef. «Certains vont confier ça à un designer, d'autres vont le faire à l'interne», confie Louis Aucoin. Toutefois, l'habit doit toujours servir la personne qui le porte. «Elle doit se trouver belle et être confortable. Disons: le plus confortable possible, sans être en coton ouaté.»

Louis Aucoin donne l'exemple d'un candidat du Bloc québécois qui affectionnait un complet «qui n'était pas de la dernière mode». «Mais son épouse avait dû lui dire qu'il lui allait bien, parce que, quand il le portait, il se sentait à son meilleur.»

Peu friand de cet exercice, Jean-Claude Rivest se souvient des «discussions interminables» sur l'image du candidat. «Ça relève du marketing», souligne-t-il.

Cette obsession de l'image ne plaît pas à tous. Le premier ministre Robert Bourassa refusait carrément de participer aux débats télévisés, préférant la radio. «Il avait peur de ne pas conserver sa prestance, dit le sénateur Rivest. Il n'aimait pas l'aspect formel d'un débat télévisé.»

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