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Alberta : l'après-Redford dans 4 à 6 mois

20/03/2014 09:25 EDT | Actualisé 20/05/2014 05:12 EDT

Il faudra attendre un minimum de quatre mois et un maximum de six mois pour savoir qui remplacera Alison Redford à la tête du Parti progressiste-conservateur de l'Alberta.

C'est ce que prévoit la constitution du parti au pouvoir depuis 43 ans, rappelle son président dans un communiqué diffusé peu après l'annonce de la démission de la première ministre, mercredi soir. Dans le communiqué, le président Jim McCormick prend le temps de noter que « ce soir, Alison Redford a fait des Albertains, de l'Alberta et de son parti sa priorité. Nous la remercions pour son travail en tant que chef de parti et de gouvernement. »

Le bureau du parti se réunit lundi prochain pour discuter de la suite des choses. En attendant, le vice-premier ministre Dave Hancock a été choisi comme chef interimaire des conservateurs provinciaux.

Selon le directeur de l'École de politiques publiques de l'Université de Calgary, Jack Mintz, il s'agit d'un choix naturel en ce sens que le parti a besoin d'un remplaçant crédible qui ne cherchera pas à participer à la course à la direction.

Un parti « irréparable »

Le parti devra tenir sa course à la direction au moment où il traîne de l'arrière dans la collecte de fonds et que sa principale opposition, le Parti Wildrose, renfloue ses coffres, remarque la politologue Lori Williams. « C'est un écart immense à combler », dit-elle.

La chef du Parti Wildrose, Danielle Smith, fait remarquer qu'Alison Redford est la deuxième chef du Parti progressiste-conservateur à démissionner en trois ans, après Ed Stelmach en 2011. Si l'on inclut Ralph Klein, qui a démissionné en 2006, Mme Redford devient aussi la troisième chef conservatrice à quitter ses fonctions en 8 ans.

Danielle Smith rappelle que Mme Redford s'est fait élire en 2012 dans l'espoir qu'elle serait la dirigeante qui « réparerait » le Parti progressiste-conservateur. « Je n'ai nul doute que les Albertains croyaient qu'elle serait ce chef, mais ce dont nous avons été témoins durant son court passage de 29 mois comme premier ministre, c'est la démonstration la plus évidente que le PC ne peut être réparé », a lancé la chef de l'opposition.

L'usure du pouvoir

Jack Mintz estime que la démission de Mme Redford est ce qui arrive quand une formation politique comme le Parti progressiste-conservateur domine depuis trop longtemps. « La seule façon de changer, parfois, c'est d'avoir un conflit interne pour forcer un changement de direction », explique-t-il.

La politologue Lori Williams note qu'il est rare pour un premier ministre d'être poussé vers la sortie par la controverse si tôt après son élection, surtout quand l'économie albertaine est si forte et que le gouvernement vient de déposer un budget équilibré. D'ailleurs, jeudi matin, le Conference Board du Canada place l'Alberta au premier rang des provinces en matière de croissance économique en 2014.

Le professeur de sciences politiques au campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta, Frédéric Boily, souligne de son côté qu'Alison Redford n'avait vraiment pas de choix. « Il n'y avait plus d'échappatoire pour elle, la façon dont les choses se déroulaient, surtout à partir de la fin de semaine, lorsque les autorités du parti l'ont en quelque sorte convoquée pour cette fameuse réunion samedi. Disons que c'est rare de voir un premier ministre être presque mis sous tutelle par son parti, en disant qu'il y aura un plan pour l'aider à améliorer les choses. Donc, c'est surtout le fait que, oui, il y avait de la grogne au sein du parti, mais elle avait aussi perdu l'appui de la population, et ça, c'est différent de [l'ex-premier ministre] Stelmach », explique-t-il.

Francophonie inquiète

Le président de l'Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA), Jean Johnson, abonde dans le même sens, même si le départ d'Alison Redford crée une certaine inquiétude du côté de l'ACFA, notamment en ce qui concerne le dossier du collège francophone de l'Alberta. « On n'est pas sans regarder avec un peu de nervosité du côté de la francophonie », dit-il.

Jean Johnson précise qu'il faudra trouver un interlocuteur ouvert pour remplacer Dave Hancock, qui quittera le ministère de l'Innovation et de l'Éducation postsecondaire, pour devenir chef intérimaire du Parti progressiste-conservateur de l'Alberta. « Qu'est que ça va vouloir dire pendant les quatre à six mois ? Quelque part là-dedans, ça met plein de choses en l'air », ajoute-t-il.

Le président de l'ACFA veut quand même rester optimiste et préparer sa communauté à demander aux futurs candidats à la succession d'Alison Redford de comprendre la réalité francophone.

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