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Sénégal: "progrès mitigés" dans la lutte contre la mendicité des enfants (HRW)

19/03/2014 10:46 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

Des milliers d'enfants disciples d'écoles coraniques mendient toujours dans les rues au Sénégal en dépit d'une loi interdisant la mendicité enfantine et les "progrès mitigés" du gouvernement pour l'éradiquer, affirme l'ONG Human Rights Watch (HRW), dans un rapport publié mercredi.

"Des milliers de garçons qui fréquentent certaines écoles coraniques passent la majeure partie de leurs journées à mendier dans les rues des villes sénégalaises", indique ce rapport intitulé "exploitation sous prétexte d'éductation"

"Leurs maîtres exigent qu'ils rapportent chaque jour d'importantes sommes d'argent, ainsi que du riz cru et du sucre. L'argent va directement dans la poche de ces maîtres", selon HRW qui parle "de progrès mitigés" dans la lutte contre cette mendicité.

Ce rapport est publié après le premier anniversaire de l'incendie qui, le 3 mars 2013, avait ravagé une école coranique à Dakar et tué huit enfants âgés de sept à douze ans, des disciples coraniques appelés les "talibés".

"Le gouvernement sénégalais avait promis de mettre fin aux abus (contre les talibés). Il a fait des efforts" avec notamment l'élaboration d'un projet de loi "imposant des normes minimales" aux écoles coraniques, selon Matt Wells, chercheur à HRW.

"Le gouvernement et l'Assemblée nationale devraient faire de cette législation une priorité. Il y a un manque de courage de faire appliquer les lois", a dit M. Wells en présentant le rapport d'HRW à Dakar.

Selon une récente cartographie des "daaras" (écoles coraniques), il y a "30.000 enfants mendiants" dans la région de Dakar dont une bonne partie vient de pays voisins, Guinée, Guinée-Bissau, Gambie et Mali.

"Le Sénégal fait face à cette mendicité depuis l'époque coloniale. Aujourd'hui, on est dans une dynamique chronique. La mendicité rapporte" des revenus aux maîtres coraniques, estime Mamadou Wone, auteur de cette cartographie pour HRW.

"Les enfants sont exploités par de soi-disant maîtres coraniques qui se cachent sous le sceau de la religion pour s'enrichir. Ce ne sont pas des daaras mais des magasins où les enfants mènent des activités génératrices de revenus", a déclaré pour sa part Niokhobaye Diouf, directeur de la protection de l'enfance au ministère de la Famille.

Les autorités sénégalaises ont plusieurs fois annoncé l'interdiction de la mendicité des enfants, mais cette mesure rencontre l'hostilité de nombreux guides religieux, très influents dans ce pays musulman à plus de 95%.

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