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France: Lagarde, patronne du FMI, devant la Cour de justice

19/03/2014 04:22 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

La directrice du FMI, l'ancienne ministre française Christine Lagarde, était entendue mercredi à Paris devant la Cour de justice de la République (CJR) dans l'enquête sur l'arbitrage controversé de l'homme d'affaires Bernard Tapie.

La patronne du Fonds monétaire international, arrivée vers 08H20 (07H20 GMT), était confrontée à son ancien directeur de cabinet au ministère de l'Economie, Stéphane Richard, aujourd'hui patron de l'opérateur de télécoms Orange, qui entendait, selon son entourage, la placer "face à ses contradictions" dans cette affaire.

Il s'agit de la troisième visite de l'ex-ministre française de l'Économie à la CJR, habilitée à enquêter et à juger les faits commis par des ministres dans l'exercice de leur fonction.

En mai, la CJR avait placé Christine Lagarde sous le statut de témoin assisté, lui épargnant une mise en examen qui l'aurait sans doute forcée à quitter le FMI. Depuis, l'institution internationale a toujours assuré Christine Lagarde de son soutien.

Une différence de traitement qui agace son ancien collaborateur, l'un des cinq mis en examen pour escroquerie en bande organisée dans le volet non ministériel du dossier. Les juges le soupçonnent notamment d'avoir dissimulé "des éléments essentiels du dossier" à sa ministre.

Christine Lagarde a pu le laisser entendre mais Stéphane Richard le réfute, se présentant comme un exécutant quand sa ministre aurait "pris toutes les décisions nécessaires" sans "qu'il y ait eu défaut d'information" de sa part.

La commission d'instruction de la CJR entend comprendre le rôle qu'a pu jouer Mme Lagarde dans le choix pris à l'automne 2007 de préférer à la justice de droit commun l'arbitrage, c'est-à-dire une justice privée, pour clore le long litige entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas.

Ce tribunal composé de trois arbitres avait octroyé quelque 400 millions d'euros à Bernard Tapie, dont 45 millions d'euros au titre du préjudice moral.

Les juges cherchent à déterminer si cette sentence est le fruit d'un "simulacre" d'arbitrage organisé avec l'aval du pouvoir. Autre interrogation: la décision en 2008 de Christine Lagarde de ne pas intenter de recours contre cette décision.

- La griffe de la ministre -

Au coeur de la confrontation de mercredi, l'usage de la "griffe", cette signature pré-imprimée utilisée en l'absence de la ministre. Elle semble avoir été utilisée sur une lettre du 23 octobre 2007 que les enquêteurs pensent cruciale dans la décision d'aller à l'arbitrage.

Un courrier qui est l'une des seules instructions écrites de la ministre figurant au dossier. Christine Lagarde a confirmé aux juges qu'il avait été signé en son absence et assuré qu'elle n'avait pas eu connaissance de son contenu.

Mais en 2008, devant les parlementaires, elle avait confirmé "avoir donné des instructions" pour soutenir "la décision" d'aller à l'arbitrage et avait assumé "la responsabilité des instructions écrites" en ce sens.

Si elle a parfois semblé insister sur le poids d'un directeur de cabinet qu'elle n'avait pas choisi, Christine Lagarde a aussi revendiqué lui avoir laissé une "autonomie" dont l'exercice n'a, à ses yeux, pas "été excessif dans le dossier Adidas".

Outre Stéphane Richard, quatre personnes sont mises en examen pour escroquerie en bande organisée: Bernard Tapie, l'avocat de l'homme d'affaires, Me Maurice Lantourne, un des juges arbitres, Pierre Estoup, et l'ex-patron du CDR, la structure chargée de gérer l'héritage du Crédit lyonnais, Jean-François Rocchi.

Durant l'enquête, Stéphane Richard a insisté sur le fait qu'il n'avait "jamais été personnellement en position de prendre des décisions". "Je n'ai pas dissimulé d'informations à Mme Lagarde", a-t-il martelé, ajoutant que "le choix de l'arbitrage a été partagé à tous les niveaux de l'État".

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