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Embuscade mafieuse dans les Pouilles: l'enfance victime des "hommes de déshonneur"

19/03/2014 11:33 EDT | Actualisé 19/05/2014 05:12 EDT

Le meurtre sauvage d'un garçonnet de trois ans dans une embuscade mafieuse, conduite mardi dans les Pouilles, dans le sud de l'Italie, montre que le soit-disant "code d'honneur" des membres du crime organisé n'est que littérature, relevaient les experts mercredi.

L'assassinat du petit Domenico, en même temps que sa mère et le compagnon de celle-ci, pris au piège dans leur voiture près de Taranto, a horrifié l'Italie. De même que le sort de ses deux frères, âgés de 6 et 7 ans, assis à l'arrière du véhicule qui ont survécu "en faisant semblant d'être morts".

Pour les enquêteurs, le règlement de comptes ne fait aucun doute: selon eux, l'homme était un détenu en semi-liberté qui tentait de reprendre le contrôle du trafic de drogue dans la région, tandis que la femme, veuve d'un autre mafieux, avait contribué par ses témoignages à l'arrestation de plusieurs criminels.

Dans la presse, chacun se rappelle des "victimes sans défense des hommes de déshonneur", selon les termes du Corriere della Sera. De Giuseppe, 13 ans, témoin involontaire en 1948 du meurtre d'un syndicaliste, assassiné le lendemain à l'hôpital d'une injection d'air, au petit Coco, 3 ans, assassiné près de Cassano dans les bras de son grand-père il y a seulement deux mois. En passant notamment par la fin horrible du jeune Giuseppe di Matteo, fils d'un mafieux repenti: enlevé à l'âge de 12 ans en 1996 par la mafia, il fut maintenu en détention pendant deux ans dans des conditions atroces avant d'être étranglé et son corps jeté dans l'acide.

"Que la mafia ne tue pas les enfants est une tromperie historique", "un mensonge cultivé pendant longtemps et avec soin par les hommes de déshonneur", note Goffredo Buccini dans le Corriere della Sera, le plus grand quotidien de la péninsule. Mais aujourd'hui, "la crise qui a poussé les vieux boss à se remettre en jeu, la croissance désordonnée de nouveaux killers, la drogue qui brûle les âmes et les cerveaux, tout cela produit un mélange dans lequel les bourreaux n'ont plus ni le temps ni les moyens de cacher leur véritable visage", affirme-t-il.

Le fait qu'"on ne touche pas aux enfants est un faux mythe de la criminalité enfreint depuis l'après-guerre", renchérit Francesco La Licata, spécialiste de la mafia à la Stampa.

Pour Giacomo di Gennaro, sociologue spécialiste en criminalité et en droit pénal à Naples, interrogé par l'AFP, ces violences se sont accrues avec l'arrestation des grands "boss" de la mafia ces quinze dernières années. "Ces +hommes d'honneur+ s'interdisaient de tuer prêtres, femmes et enfants. Leur contrôle du territoire était si fort que ce n'était pas nécessaire. Aujourd'hui, la carte des territoires se compose et se décompose plus vite, ce qui rend la lutte plus acharnée. Toutes les limites ont sauté", analyse-t-il.

Cet expert balaie aussi toutes les tentatives de distinction des différentes branches du crime organisé en Italie: Costa nostra en Sicile, Camorra dans la région de Naples, 'Ndrangheta en Calabre, et Sacra Corona Unita dans les Pouilles, cette dernière étant censée être moins violente que les autres et se présenter comme "protectrice" des populations.

Vendredi, les noms de 900 "victimes innocentes" de toutes ces mafias seront égrenés à l'occasion de la Journée de la mémoire, lancée par l'association Libera, très active "contre les mafias". Ce jour-là, à Latina, non loin de Rome, le pape François rencontrera quelque 700 familles de victimes de la mafia en Italie.

Pour Francesco La Licata, cela devrait faire réfléchir les commerçants palermitains. "Avant-hier", rappelle-t-il, ceux-ci ont baissé leurs rideaux sur le passage de l'enterrement du boss Giuseppe Di Giacomo, "par respect".

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