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Course Ivakkak au Nunavik : pour l'amour des chiens et des traditions inuit (REPORTAGE)

19/03/2014 09:34 EDT | Actualisé 19/03/2014 09:46 EDT
Pierre Dunnigan

C’était jour de fête mardi dernier à Tasiujaq, petit village inuit du Nord-du-Québec. Pas question de travailler au centre de santé local ou à l’école pour les enfants. Il fallait être en après-midi au bord de la baie aux Feuilles pour assister à l’arrivée de la course de traîneaux à chiens Ivakkak (« quand les chiens sont au meilleur de leur rythme », en inuktitut), laquelle est réservée - contrairement à d’autres - aux mushers inuit.

Fondée il y a treize ans par la société Makivik, principale organisation représentant les Inuit du Nunavik, cette course annuelle d’endurance est d’abord un hommage aux chiens de pure race Husky inuit. Ils avaient quasiment disparu depuis que, dans les années 1950 et1960, les autorités canadiennes ont procédé à de nombreux abattages pour sédentariser les Inuit. L’Husky a conservé sa place unique dans la culture inuit. Intimement lié au mode de vie nomade, ce chien fut le meilleur compagnon et une aide précieuse au transport des Inuit, avant la motoneige... La course célèbre le passé, mais veut surtout inciter les Inuit à préserver cette race de chiens du Nord et être source d’inspiration pour la jeune génération, via la transmission de savoirs traditionnels.

Cette année, onze équipes de deux en provenance de différentes communautés du Nunavik avaient pris le départ le 10 mars avec 126 chiens de Kangiqsujuaq, au bord du détroit d’Hudson, pour descendre vers le sud-est, avec arrêt dans trois villages donnant sur la baie d’Ungava : Quaqtaq, Kangirsuq et Aupaluk. Au terme de la course, huit jours plus tard, elles avaient parcouru 381 kilomètres en terrain souvent difficile, avec de bonnes montées, la traversée de larges baies, des amas de glace ou de neige durcie, un bon vent parfois. Fin de la course à Tasiujaq, au fond de la baie aux Feuilles qui se jette dans l’immense baie d’Ungava. Avec les mêmes onze équipes, mais dix chiens de moins, rapatriés pour blessures. Michael Gordon, vice-président de Makivik, constate que « tout s’est bien déroulé, malgré le froid plus mordant que jamais, avec du beau temps et peu de problèmes pour les chiens. Les deux premiers jours, ajoute-t-il, il a fallu traverser des montagnes. Certains chiens, meilleurs en montée, ont fait la différence ».

Aux abords du quai, tout le village était là en début d’après-midi, arrivés en pick-up, motoneige ou autobus scolaire, pour attendre les coureurs. Les enfants jouent sur des monticules de neige. Pour patienter, on fait faire des tours gratuits d’hélicoptère aux jeunes comme aux aînés… La première équipe en vue ramène la cohésion. Allan Gorden et Johnny Kooktook, de Kuujjuaq, sont les premiers à franchir la ligne d’arrivée avec leurs valeureux chiens, bientôt suivis par quelques autres duos. A chaque fois, famille et amis congratulent les coureurs. « C’était difficile, mais nous avons réussi. C’est l’essentiel », dit l’un d’eux. Les enfants n’ont qu’une envie : embarquer en grappe sur le traîneau traditionnel, le kamutik, traîné par les chiens sur quelques mètres.

En soirée, rendez-vous est donné au gymnase de l’école pour la remise des prix, un souper communautaire et un concours de gâteaux décorés aux couleurs d’Ivakkak. Les coureurs défilent sur la scène. Ils ont 20 ans ou 60 ans et la même fierté dans les yeux. Charlie Alaku, directeur de course, rend hommage à leur « talent d’entraîneurs-éleveurs de chiens ». Harry Okpik a plus que les autres de quoi se satisfaire de sa septième place, lui qui est unijambiste. Il participe depuis plusieurs années à la course. Cette fois-ci, une équipe de tournage l’a suivi de bout en bout. Le film produit par Catbird Films sortira à l’automne sous le titre « Okpik’s Dream ».

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