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Sanctions économiques contre Moscou: casse-tête européen

18/03/2014 01:11 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

Les Européens envisagent des sanctions contre Moscou après le rattachement mardi de la Crimée à la Russie, mais les conséquences sur leur économie demeurent un vrai casse-tête.

Le président français François Hollande a réagi en appelant à "une réponse européenne forte et coordonnée à la nouvelle étape qui vient d'être franchie" lors du sommet européen des 20 et 21 mars.

De son côté, le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a annoncé que son pays suspendait "toute coopération militaire" avec la Russie, précisant que la mesure s'appliquait aux licences d'exportation.

Son homologue français, Laurent Fabius, avait envisagé peu avant le rattachement de la Crimée "la suspension" de la vente de deux navires militaires Mistral à la Russie pour 1,2 milliard d'euros, tout en admettant un dilemme.

"Nous ne pouvons pas envisager de livrer en permanence des armements compte tenu de ce comportement (russe), de l'autre côté il y a la réalité de l'emploi et de l'économie", a-t-il relevé.

Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine n'a pas tardé à mettre en garde le gouvernement français. "La France commence à trahir la confiance qu'on place en elle comme fournisseur fiable", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

La Chambre de commerce franco-russe a fait connaître dès la semaine dernière son "extrême préoccupation".

"Les milieux d'affaires et syndicaux allemands sont vent debout contre les sanctions", assure François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique, basée à Paris.

Mais "les Russes sont beaucoup plus vulnérables que les Européens à la prise des sanctions: la Russie représente un peu plus de 1% du commerce extérieur de l'Union européenne et l'UE c'est 50% du commerce extérieur de la Russie", a-t-il dit à l'AFP.

Pour lui, même si l'UE importe encore 30% de son gaz en provenance de Russie, "au moins à court terme, on sort d'un hiver qui a été très doux et les stocks sont pleins".

"On va souffrir, mais on part de l'idée que la Russie souffrira davantage encore sur un plan économique", explique à l'AFP Dominique Moïsi, de l'Institut français des relations internationales.

L'Allemagne, troisième partenaire commercial mondial de la Russie et premier en Europe, avec 6.000 entreprises sur le sol russe, est le pays "qui a le plus à perdre", fait valoir à Berlin Stefan Meister, expert du Conseil européen des relations extérieures, un groupe de réflexion.

"Même aujourd'hui, pendant qu'on discute des sanctions, l'Allemagne signe des contrats avec la Russie", dit à l'AFP Gian Maria Fara, président de l'Institut Eurispes à Rome.

Mais la chancelière allemande Angela Merkel semble reconnaître que les sanctions sont désormais inévitables.

"Nous y avons des intérêts, mais eux aussi ont des intérêts", a-t-elle dit vendredi devant les fédérations patronales à Munich (sud). "Nous devons exiger que le droit international soit respecté et nous ne pouvons pas rester sans rien faire quand il est bafoué".

- "Isolement croissant de la Russie" -

Pour François Heisbourg, "la façon dont la chancelière est passée tout au long de la semaine dernière du discours allemand traditionnel, très proche des intérêts des Russes, à un discours beaucoup moins lénifiant, montre qu'il n'y a pas de brèche" face au président russe Vladimir Poutine.

L'UE et les Etats-Unis ont déjà sanctionné lundi de hauts responsables russes ou pro-russes ukrainiens. Mais envisagent maintenant des sanctions économiques.

"Les Européens ont appris avec la crise iranienne comment mettre en place et gérer de façon assez fine et plutôt efficace des sanctions économiques et financières", relève François Heisbourg.

Vladimir Poutine "se trompe quand il surestime ses forces", analyse Dominique Moïsi. "On sent bien que le pouvoir économique, la bourse de Moscou, sont nerveux devant cet isolement croissant de la Russie".

Surtout, face à la menace russe, "il y a un rapprochement américano-européen", explique François Heisbourg.

Le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden a prévenu mardi que la Russie verrait "de nouvelles sanctions de la part des Etats-Unis et de l'UE".

"Le Congrès américain va appliquer des sanctions allant très loin, y compris vis-à-vis des pays tiers qui continueraient à travailler avec la Russie", a poursuivi François Heisbourg. "Les Européens seront obligés de réagir".

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