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Opération séduction du président malgache à Washington

18/03/2014 12:53 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

Le président de Madagascar a entrepris mardi à Washington une opération séduction au FMI et à la Banque mondiale afin de rompre l'isolement de son pays, rongé par la pauvreté et privé d'aide internationale depuis 2009.

La visite d'Hery Rajaonarimampianina, élu en décembre au terme de cinq ans de crise politique, pourrait marquer un tournant pour Madagascar, mis au ban de la communauté internationale depuis le coup d'Etat contre le président Marc Ravalomanana en mars 2009.

Les grands donateurs, dont la BM et le Fonds monétaire international, avaient alors coupé le robinet d'aide, accélérant le départ des investisseurs et aggravant les maux économiques du pays, l'un des plus pauvres du globe.

Suivant le mouvement impulsé par les Etats-Unis, l'Union européenne avait ainsi privé le pays de près de 600 millions d'euros de financement. Seules des aides d'urgence humanitaire ont été maintenues.

"Au cours des cinq dernières années, il y a eu un très faible niveau d'activité économique et d'investissement, couplé à une détérioration des indicateurs sociaux", résume George Tsibouris, chef de la mission du FMI dans le pays.

Selon la BM, quelque 30.000 emplois ont été directement détruits dans le fracas du coup d'Etat, notamment du fait de la suspension d'un accord douanier avec les Etats-Unis, et plus de 90% de la population vit actuellement avec moins de deux dollars par jour, un taux quasiment sans équivalent sur la planète.

"Il y a la combinaison de différentes crises, infrastructure, politique et sociale, qui a abouti à la situation actuelle", explique à l'AFP la chef de mission de la BM à Madagascar Haleh Bridi.

- Avancée "importante" -

La visite du nouveau président malgache est donc cruciale, les grands donateurs attendant traditionnellement le feu vert du FMI pour reprendre leur coopération.

"Madagascar a tourné une page à travers les élections (...) Je n'ai pas à convaincre la communauté internationale car elle est déjà convaincue", a déclaré le chef d'Etat malgache à l'AFP.

Le Fonds a déjà levé jeudi une hypothèque majeure en indiquant qu'il reconnaissait officiellement les nouvelles autorités.

Cette reconnaissance est un "pas extrêmement important" mais il faudra un programme du FMI pour faire "revenir les grands donateurs de façon optimale", souligne Mme Bridi.

"Tout est maintenant possible, un article IV (les évaluations annuelles du Fonds, ndlr), des conseils sur les mesures, des programmes d'aide financière ou de l'assistance technique", énumère, de son côté, M. Tsibouris.

Une mission du Fonds s'est déjà discrètement rendue dans le pays avant même la reconnaissance officielle des autorités afin de sonder l'économie locale, qui n'a pas été évaluée officiellement par le FMI depuis juin 2007.

"La situation budgétaire a été maintenue relativement sous contrôle en dépit de pressions très intenses" du fait du retrait des donateurs, relève le représentant du Fonds.

Le pays dispose par ailleurs d'atouts considérables.

Outre son potentiel touristique, cette île de l'Océan indien bénéficie de ressources minières encore en friche et dont l'exploitation a été stoppée net par la crise politique de 2009.

Le potentiel agricole est lui aussi sous-exploité. Seulement un tiers des terres arables sont pour l'heure cultivables, selon la Banque mondiale.

Mais ces atouts ne suffiront pas sans une gestion transparente et efficace, prévient la BM. "Les problèmes de gouvernance ont été un frein important pour l'investissement local et étranger" jusqu'ici, souligne Mme Bridi.

Le chef de l'Etat affirme en avoir conscience: "Ma préoccupation c'est de mettre l'Etat de droit en place à Madagascar, c'est ça qui va constituer le socle d'un développement durable", a-t-il assuré.

Tout en saluant le "réengagement de la communauté internationale", l'organisation de lutte contre la pauvreté Oxfam espère, elle, que de nouveaux programmes d'aide se focaliseront sur les "besoins et priorités" des plus pauvres.

"Trop souvent, les décisions de couper ou de recommencer l'aide dans un pays sont prises sans écouter ou sans prendre en compte les besoins des populations", affirme à l'AFP Nicolas Mombrial, directeur d'Oxfam à Washington.

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