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Egypte: un policier condamné à 10 ans de prison pour la mort de détenus islamistes

18/03/2014 11:42 EDT | Actualisé 18/05/2014 05:12 EDT

La justice égyptienne a condamné mardi un officier de police à 10 ans de prison pour la mort de détenus islamistes, la première sentence à viser les forces de l'ordre en huit mois d'une sanglante répression des partisans du président destitué Mohamed Morsi.

Dans le box des accusés, le commissaire adjoint du poste de police d'Héliopolis dans le nord du Caire et trois de ses employés, également des officiers, comparaissaient pour la mort durant l'été 2013 de 37 prisonniers islamistes asphyxiés par du gaz lacrymogène dans un fourgon pénitentiaire.

Le premier a écopé de 10 années de prison ferme et les trois autres d'un an de sursis.

Ce drame remonte au 18 août, au plus fort de la répression lancée par les autorités installées par l'armée après qu'elle a arrêté M. Morsi, le seul président jamais élu démocratiquement du pays. Les 37 détenus se trouvaient alors dans un convoi transportant plus de 600 islamistes depuis le commissariat d'Héliopolis vers la prison d'Abou Zaabal, près du Caire.

Les images de leurs visages noircis et en décomposition dans des morgues du Caire avaient choqué au-delà des frontières du plus peuplé des pays arabes. De plus, survenu quatre jours après la dispersion dans un bain de sang de rassemblements de milliers de pro-Morsi au Caire, cet incident avait suscité une vague de condamnations à l'étranger et l'inquiétude des militants des droits de l'Homme.

Depuis l'éviction du chef d'Etat islamiste le 3 juillet, policiers et soldats mènent une campagne implacable contre les islamistes qui a fait, selon Amnesty International, au moins 1.400 morts et des milliers d'arrestations.

Les quatre policiers étaient poursuivis pour homicides involontaires et coups et blessures involontaires. A l'issue de son enquête, le procureur avait conclu à des négligences et imprudences de la part des prévenus, contrevenant gravement au règlement de leur profession sur la sécurité et la protection des détenus, selon des sources judiciaires.

- Fourgons pénitentiaires bondés -

Les témoignages de sept détenus du fourgon ayant survécu ont été entendus au cours de ce procès, ainsi que celui d'un expert du ministère de la Justice expliquant que les fourgons étaient prévus pour 24 personnes, alors que les policiers y avaient entassé 45 détenus.

Dès le lendemain de l'incident d'Abou Zaabal, la police avait évoqué une tentative d'évasion ayant mal tourné, tandis que le camp de M. Morsi dénonçait un "assassinat".

Les condamnés peuvent désormais interjeter appel de la sentence. Fin février, six officiers de police ont été acquittés alors qu'ils étaient accusés de la mort de 83 manifestants lors du soulèvement de 2011 qui renversa Hosni Moubarak.

Près de 850 personnes ont été tuées durant les 18 jours de cette révolte lancée dans le tumulte du Printemps arabe, nombre d'entre elles devant des commissariats attaqués par les manifestants qui conspuaient la police, considérée comme le symbole du règne autocratique de Moubarak.

Une douzaine de policiers ont été traduits en justice, dont certains officiers de haut-rang, mais la plupart ont été acquittés. Durant les trois années qui ont suivi la "révolution", les morts ont progressivement été attribuées aux Frères musulmans de M. Morsi, la police remontant dans le même temps dans l'estime des Egyptiens.

M. Morsi lui-même, ainsi que la quasi-majorité des dirigeants de sa confrérie, encourent actuellement la peine de mort pour le meurtre de manifestants et des violences.

Ses partisans, qui voulaient mardi organiser une conférence de presse pour donner leur version de la dispersion dans un bain de sang de leurs rassemblements mi-août, ont été empêchés de tenir leur réunion, et les journalistes venus la couvrir obligés de quitter les lieux.

Lundi, l'organe étatique en charge des droits de l'Homme avait affirmé que les premiers tirs le 14 août --632 morts officiellement-- étaient venus de manifestants armés.

Par ailleurs, un nouveau groupe jihadiste --Ansar al-Chariaa-- a revendiqué des attaques contre la police dans le nord de l'Egypte, une escalade dans les actions de représailles qui secouent le pays depuis le coup de force des militaires et ont déjà fait plus de 200 morts dans les rangs des forces de l'ordre.

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