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Forte mobilisation en Crimée au référendum pour le rattachement à la Russie

16/03/2014 09:02 EDT | Actualisé 16/05/2014 05:12 EDT

Les Ukrainiens de Crimée se sont massivement mobilisés dimanche au référendum pour le rattachement de la péninsule à la Russie, laissant peu de doute sur l'issue d'un scrutin condamné à l'avance par les Occidentaux et que les russophones de l'est de l'Ukraine regardent avec envie.

A deux heures de la fermeture des bureaux de vote, plus de 73% des 1,5 millions d'électeurs avaient déjà voté, laissant présager une forte victoire du "rattachement à la Russie".

Le référendum, présenté comme un exercice de démocratie populaire par les autorités séparatistes et par Moscou, se déroule en présence de milliers de soldats russes qui contrôlent la région depuis deux semaines aux côtés de milices séparatistes.

A Sébastopol, bien avant les résultats prévus à partir de 18H30 GMT, le drapeau tricolore de la Russie claque déjà dans le ciel du port d'attache historique de la flotte russe de la mer Noire en Crimée.

"La Russie respectera le choix des habitants de la Crimée", a assuré le président Vladimir Poutine à la chancelière allemande Angela Merkel, tout en réaffirmant que le référendum respectait totalement le droit international.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a prévenu une nouvelle fois que les Etats-Unis ne reconnaitraient pas le caractère "illégal" du scrutin et a demandé à son homologue russe Sergueï Lavrov que les soldats russes regagnent leurs bases.

L'Union européenne pour sa part a prévenu qu'elle mettrait ses menaces à exécution dès lundi en établissant une liste noire de responsables russes et ukrainiens pro-russes visés par des sanctions.

A Sébastopol, les électeurs, bien loin de la crise diplomatique qui se joue entre Russes et Occidentaux, ont afflué massivement aux urnes dès le petit matin.

A Bakhtchissaraï, "capitale" de la communauté musulmane tatare de la Crimée dont les leaders ont appelé à boycotter la consultation, les Tatars étaient invisibles dans la rue. Seuls les Ukrainiens d'origine russe votaient avec enthousiasme, ravis de se débarrasser bientôt de leur passeport ukrainien et espérant vivre mieux avec les subventions de Moscou.

- Une nouvelle ère commence -

"C'est un moment historique, tout le monde sera heureux", a lancé à la presse le premier-ministre pro-russe de la Crimée, Serguiï Axionov, après avoir voté à Simféropol. "C'est une nouvelle ère qui commence", a-t-il affirmé, pendant qu'un homme agitant un drapeau ukrainien était repoussé par les gardes.

Alors que des troupes russes et des milices pro-russes sont déployées en Crimée, les 1,5 million d'électeurs de cette république autonome étaient invités à choisir entre l'intégration à la Russie et une autonomie élargie au sein de l'Ukraine.

Dans une péninsule majoritairement peuplée d'Ukrainiens d'origine russe, rattachée il y a soixante ans sur décision de Nikita Khrouchtchev à une Ukraine qui a toujours semblé lointaine à de nombreux habitants, une large majorité va certainement se prononcer en faveur d'une union formelle avec la Fédération de Russie.

A Sébastopol, Aleftina Klimova, née en Russie, a eu du mal à dormir. "Je m'attendais à ce que les Etats-Unis, la France, eux tous, soient contre. Je craignais pour (le président russe Vladimir) Poutine. Mais il a su résister", a-t-elle poursuivi.

La question posée donne aux électeurs le choix entre "la réunification avec la Russie comme membre de la Fédération de Russie" ou le retour à un statut, datant de 1992 et jamais appliqué, d'autonomie élargie vis-à-vis de Kiev.

- Bases ukrainiennes débloquées -

Les autorités sécessionnistes sont arrivées au pouvoir à Simféropol après la destitution à Kiev, le 22 février, du président pro-russe Viktor Ianoukovitch et à la faveur d'un coup de force monté par des civils pro-russes en armes et des milliers de soldats russes.

Venus de la base maritime de Sébastopol, à la pointe sud de la péninsule puis entrés en Crimée en colonnes blindées depuis le territoire russe, ils assiégeaient dans les bases militaires et les lieux stratégiques de la péninsule les soldats ukrainiens restés fidèles aux autorités de Kiev.

Cependant, le ministre ukrainien de la Défense Igor Tenioukh, a annoncé une brève trêve sur le terrain: les commandants des forces russes et ukrainiennes se sont mis d'accord pour que les bases ukrainiennes ne soient plus bloquées jusqu'au vendredi 21 mars (date du vote par la Douma, chambre basse russe, d'un projet de loi sur le rattachement de la Crimée).

Les soldats ukrainiens ont l'ordre de ne pas quitter la Crimée, mais aussi de ne pas sortir de leurs bases.

A Kiev, l'homme de la rue - ou plutôt du Maïdan - n'en craint pas moins la guerre.

"C'est une possibilité", dit un membre des groupes d'autodéfense du Maïdan, Vasyl Petrachthouk. "Poutine verra que nous ne sommes pas prêts à nous écarter de son chemin. Aujourd'hui il prend la Crimée, demain il voudra prendre Donetsk, Kharkiv, pas à pas. Il veut rétablir l'Union soviétique".

Dans l'est du pays, des manifestations pro-russes, encouragés par le référendum séparatiste, ont procédé à une démonstration de force dans les grandes villes industrielles en passe de devenir de nouveaux "points chauds".

A Donetsk, ancien fief du président Viktor Ianoukovitch destitué fin février, des manifestants pro-russes ont ainsi pénétré dans les sièges du parquet et des services spéciaux (SBU).

A Kharkiv, l'ancienne capitale de l'Ukraine, 6.000 partisans de Moscou ont organisé malgré l'interdiction de la justice un meeting-référendum pour plus d'autonomie et pour la "souveraineté" de la langue russe.

Les organisateurs ont distribué des "bulletins" en faveur de la "fédéralisation économique" et "la souveraineté linguistique" qu'il fallait remplir et glisser dans un sac en plastique.

Des milliers de pro-russes ont ensuite marché vers les bureaux d'organisations nationalistes où ils ont brûlé drapeaux, livres et tracts devant l'entrée.

Avec la crise ukrainienne, Moscou et Washington ont engagé un bras de fer qui a viré à la pire crise diplomatique entre les grandes puissances depuis la chute de l'URSS en 1991 et qui pourrait très durablement affecter les relations internationales.

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