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Au Nigeria, un nouveau pont suscite l'espoir et fait remonter des rancoeurs

16/03/2014 02:42 EDT | Actualisé 15/05/2014 05:12 EDT

Au Nigeria, la construction d'un nouveau pont, promis depuis de nombreuses années, qui doit relier les Etats du Sud-Est et du Sud-Ouest au-dessus du fleuve Niger, a commencé le mois dernier, suscitant des débats animés.

Ce pont de 1.500 mètres, censé améliorer les échanges de biens et de personnes entre deux des régions les plus peuplées du Nigeria, tient particulièrement à coeur à l'ethnie Ibo, majoritaire dans le Sud-Est.

Certains ont même vu dans les multiples délais ayant retardé les travaux une nouvelle punition envers cette ethnie, qui a voulu faire sécession il y a plus de 40 ans, provoquant la guerre du Biafra.

Pour d'autres, si le projet prend enfin forme aujourd'hui, c'est parce que le président Goodluck Jonathan, qui n'a pas encore annoncé ses intentions pour l'élection présidentielle de 2015, veut s'attirer la sympathie de cet électorat.

- Promesse de campagne -

"Ce projet est très cher aux gens du Sud-Est", affirme le porte-parole de l'Etat d'Anambra, Mike Udah.

L'actuel pont traversant le fleuve Niger, construit en 1963, est abîmé et ne peut à lui seul assurer l'ensemble du trafic routier entre le Sud-Est, où vivent environ 50 millions de personnes, et le Sud-Ouest, où se trouve notamment la capitale économique nigériane, Lagos, deuxième plus grande ville d'Afrique avec ses 20 millions d'habitants.

La construction de l'ouvrage, chiffrée à 17,8 milliards de nairas (78 millions d'euros), a été confiée à l'entreprise allemande de BTP Julius Berger.

Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique et premier producteur de pétrole du continent, manque cruellement d'infrastructures de ce type.

M. Udah, membre de l'opposition, estime que les habitants du Sud-Est doivent "mettre la politique de côté et soutenir le président pour assurer le succès de ce grand projet".

Lors de la cérémonie officielle de lancement des travaux, M. Jonathan a décrit le projet, qui faisait partie de ses promesses de campagnes en 2011, comme un élément de sa "stratégie d'infrastructures au niveau national".

- 'Déclassement du Sud-Est' -

Mais les plus ardents opposants de M. Jonathan dans le Sud-Est ne sont pas convaincus que le président se préoccupe réellement de l'intérêt des habitants de la région.

"Ce projet est une goutte d'eau dans la mer", estime Madu Uchenna, porte-parole d'un lobby indépendantiste du Sud-Est. "Il ne nous fera pas oublier les injustices et la façon dont l'Etat fédéral nigérian marginalise notre peuple".

Le Sud-Est avait déclaré l'indépendance de façon unilatérale en 1967, suite à une vague d'assassinats d'Ibos dans le nord du pays par des membres de l'ethnie haoussa.

La région, autoproclamée République du Biafra, a combattu jusqu'en 1970, au cours d'une guerre civile qui a fait plus d'un million de morts.

Le groupe de M. Uchenna, le Mouvement pour la réalisation de l'Etat souverain du Biafra (MASSOB), fait partie de ceux qui considèrent que les Ibos sont discriminés par le gouvernement fédéral nigérian dans les nominations à des postes-clés, aux niveaux politique et militaire notamment.

Dans un article publié par le site internet Sahara Reporters, l'éditorialiste Frank Onia assure que le pont aurait été construit depuis des années s'il n'y avait pas une politique officielle tacite de "déclassement du Sud-Est".

L'ancien président Olusegun Obasanjo avait déjà posé la première pierre du pont en 2007, mais le financement du projet n'avait ensuite jamais été voté.

Les projets publics restés sans suite sont cependant nombreux dans le pays et ne se limitent pas au seul Sud-Est.

Aussi, malgré les critiques des Ibos les plus radicaux, le Parti démocratique populaire (PDP) du président Jonathan est plutôt populaire dans cette région depuis la fin des dictatures militaires, en 1999.

Mais Goodluck Jonathan fait face à une crise sans précédent au sein de son propre camp et pourrait se retrouver face à un adversaire de taille s'il se représente en 2015, l'opposition s'étant regroupée au sein du Congrès des Progressistes (APC).

Et dans le Sud-Est, deux des cinq Etats de la région, dont il est pourtant originaire, sont désormais passés dans l'opposition.

"Si Jonathan croit que le fait de nous donner un pont va lui apporter des voix, il plaisante", assène M. Uchenna.

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