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Adaptation théâtrale de «Testament» au Quat'Sous : un roman bien plus fort que la pièce (CRITIQUE)

15/03/2014 10:50 EDT | Actualisé 15/03/2014 10:52 EDT
Courtoisie

Le directeur artistique et général du Quat’Sous, Éric Jean, a eu l’audace d’adapter Testament, le premier roman de Vickie Gendreau, jeune écrivaine québécoise à la fois célébrée pour son talent et connue pour la tumeur au cerveau qui lui a enlevé la vie au printemps dernier. Suscitant une grande curiosité, l’objet théâtral génère également son lot d’attentes, qui risquent d’être en partie déçues…

Dans son testament littéraire, Gendreau raconte une vie mouvementée, un passé de danseuse nue, les blessures du viol, les espoirs déchus d’un amour à sens unique, les amitiés aussi diverses que nombreuses, la maladie qui se fraie un chemin dans sa tête et dans son corps, les derniers instants vécus et projetés, les réactions anticipées de ses proches face à sa mort.

Publié en septembre 2012, son livre a marqué quantité de lecteurs québécois, tant par la situation dramatique de l’auteure que par son histoire. Poète et raconteuse, transparente et désinvolte, franchement moderne et dotée d’une âme que l’on qualifie de « vieille », Vickie Gendreau possédait un talent brut pour l’écriture.

De son côté, la pièce nous rappelle trop souvent le souffle de l’écrivaine, plutôt que de s’approprier pleinement sa poésie et son imaginaire pour en faire une œuvre qui sied réellement au théâtre. Les mots récités sur scène semblent parfois maladroits, alors qu’ils établissaient un ton, un rythme et une force d’évocation particulièrement prenants dans le roman.

Le rapport entre la narratrice et les lecteurs s’avérait puissant et immédiat, mais le courant passe moins bien entre les mots trop peu adaptés au théâtre et les spectateurs.

Outre de rares exceptions, les personnages de la pièce s’expriment par monologues et nous laissent avec l’impression qu’ils n’entrent jamais réellement en relation les uns avec les autres. Certains spectateurs auront également le sentiment de survoler l’histoire par extraits, après qu’elle ait été délestée de sa cohésion initiale.

Sur scène, les membres de l’entourage de Vickie manquent de profondeur et ont presque tous l’air désincarné, malgré les efforts des acteurs qui tentent de s’investir du mieux qu’ils le peuvent. Seul le personnage de la mère, incarnée par Dominique Pétin avec vérité et sobriété, fait figure d’exception.

Les vidéos servant à imager les souvenirs et les fantasmes de Gendreau sont réalisées avec une esthétique magnifique, mais les mouvements devant l’écran sont trop nombreux pour en saisir toutes les nuances et continuer de suivre l’action qui se poursuit sur scène.

L’élément le plus fort de la production théâtrale de Testament est sans contredit la découverte de Jade-Măriuka Robitaille, qui interprète la défunte écrivaine. À la fois forte et vulnérable, mature et gamine, réfléchie et déjantée, la jeune actrice capte l’attention de spectateurs chaque fois qu’elle parle ou qu’une parcelle de son corps est un mouvement. D’un charisme fou, elle semble avoir intégré toute la complexité de son personnage, qui est de loin le plus intéressant de la pièce.

Sorte d’hommage à l’univers de Vicky Gendreau, la pièce de théâtre aurait gagné à prendre plus de libertés avec l’œuvre littéraire forte qui lui servait de matière première.

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