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Poutine impose ses vues, mais il enferme la Russie

14/03/2014 04:50 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT

Depuis son retour au Kremlin, Vladimir Poutine a muselé ses opposant, mis en échec l'Occident sur la Syrie et entrepris d'annexer la Crimée : il impose ses vues avec de plus en plus d'assurance, mais engage son pays sur une voie étroite.

Des soldats russes ont investi un territoire étranger en Europe, sans égard pour les cris indignés des capitales occidentales : en prenant le contrôle de la Crimée, péninsule russophone du sud de l'Ukraine, après le changement de pouvoir à Kiev, la Russie de Vladimir Poutine a franchi un palier dans l'affirmation de sa puissance et la confrontation avec les Occidentaux.

Ce coup de force est l'aboutissement d'une montée en puissance récemment couronnée par les Jeux olympiques de Sotchi, une opération de prestige pour Vladimir Poutine, tenus en février dans le Caucase.

"Personne n'est prêt à combattre pour la Crimée, les Occidentaux vont devoir se décarcasser pour trouver une issue", observe Gleb Pavlovksi, politologue.

"Poutine est désormais au centre de cette crise, cela démultiplie ses possibilités. C'est maintenant Poutine, et non les Occidentaux, qui décide du sort de la révolution ukrainienne", ajoute cet ancien conseiller du Kremlin.

- Le sentiment que l'Occident est faible -

Le président russe "est motivé par le sentiment que l'Occident est faible, que les règles du jeu vont changer et que le premier à jouer gagnera", estime Nikolaï Petrov, professeur à la Haute école d'économie de Moscou.

Avant d'intervenir militairement en Crimée selon un scenario apparemment bien préparé, qui devrait mener à l'annexion de ce territoire après un référendum dimanche, M. Poutine a mis en échec les Occidentaux dans la crise syrienne, mettant son véto à toute résolution contraignante à l'ONU, court-circuitant avec une initiative sur les armes chimiques des menaces de frappes américaines et françaises, et permettant ainsi le maintien au pouvoir de son allié Bachar al-Assad.

Auparavant, confronté à l'hiver 2012 avant son retour au Kremlin à une contestation inédite à Moscou, il a su museler opposants et médias, alternant accès de répression et gestes inattendus, comme la libération et l'exil de l'ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski en décembre, pour finir par obtenir pratiquement le calme plat.

"Le régime se transforme en pouvoir autoritaire. Poutine fait d'une pierre deux coups : la réaction des Occidentaux concourt à refermer le système -- sa popularité augmente parmi les simples citoyens -- et l'élite politique russe perd toute indépendance", observe M. Petrov.

Quatorze ans après son arrivée au pouvoir dans une Russie éreintée en 2000, l'ex-agent du KGB est incontestablement, à 61 ans, le seul maître en son pays, et aussi l'une des personnes les plus puissantes au monde.

"Ce modèle de forteresse assiégée va fonctionner à court terme, Poutine a carte blanche pour deux ans", ajoute M. Petrov.

Pour autant, les analystes observent que le prix à payer est élevé, que l'option choisie par le Kremlin en Ukraine est dictée par une absence de vision stratégique, et que la voie qui se dessine ressemble à terme à une impasse.

"Il gagne, mais à un prix très élevé, et stratégique, et économique", observe Gleb Pavlovski. "C'est un prix que quelqu'un de censé ne serait pas prêt à payer", ajoute l'ancien conseiller du Kremlin au début des années 2000.

- Un remarquable joueur tactique -

Alors que la croissance russe flanche, que le rouble dévisse, que les capitaux continuent de s'évader du pays au lieu de s'y réinvestir, les Occidentaux brandissent la menace de sanctions économiques qui, de l'avis de certains experts, feraient plus de mal encore à la Russie qu'à leur initiateurs.

Faute de pouvoir assurer la popularité du pouvoir par la hausse du niveau de vie, comme cela a été le cas dans la décennie passée, la confrontation avec les Occidentaux oriente le pays vers "un Etat de type soviétique, avec un budget militariste, quand l'argent ne sert pas à construire des écoles et des routes mais à produire des chars et des munitions", estime Lilia Chevtsova, de l'antenne russe du Centre Carnegie.

"Poutine a pris le chemin de l'URSS", affirme cette analyste, qui considère que cette voie est vouée à l'échec.

Le président russe est "un remarquable joueur tactique, mais pas stratégique", observe de son côté Nikolaï Petrov, qui conclut que, si la situation n'est pas forcément aussi catastrophique à terme pour le pays et même pour le régime, la Russie est pour l'instant "otage" de la politique de Vladimir Poutine.

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