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Pour l'Europe, réduire encore sa dépendance au gaz russe s'annonce difficile

14/03/2014 07:07 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

Une production déclinante dans les eaux du Vieux Continent, un marché du GNL siphonné par l'Asie, un gaz américain ou de la mer Caspienne encore inaccessible, des troubles en Afrique du Nord: continuer à réduire sa dépendance au gaz russe risque de s'avérer difficile pour l'Europe.

Les récents efforts de diversification de l'Union européenne ont porté des fruits: la part du gaz russe dans les importations des 28 pays de l'Union européenne est ainsi passée de 45,1% en 2003 à 31,9% en 2012, selon Eurostat.

"L'Europe est sortie d'une certaine dépendance vis-à-vis du gaz russe, même si Gazprom restera un acteur clé en Europe", résume Pascale Jean, spécialiste du gaz chez PriceWaterhouseCoopers.

Le géant du gaz russe le souligne d'ailleurs à l'envi: sa part dans les importations européennes a nettement rebondi l'an dernier et, en volume, le gaz russe importé en Europe est bon an mal an resté globalement stable depuis 10 ans.

Autre point: la production gazière de l'Union européenne (hors Norvège donc), qui couvre actuellement environ un tiers de la demande, devrait baisser d'environ 15 à 20% d'ici 2020 et de 25% à 30% d'ici 2030.

"Il est probable que la part du gaz russe en Europe augmente à nouveau au cours des prochaines années, que cela nous plaise où non", pronostique Tim Boersna, chercheur spécialisé dans l'énergie à l'institut américain Brookings.

A la baisse de la production en mer du Nord britannique, largement entamée, et celle attendue au large des Pays-Bas, devrait s'ajouter celle de fournisseurs importants comme l'Algérie. "Le marché dictera de plus en plus que ce sera le gaz russe qui comblera le vide", souligne-t-il dans une note.

Le marché du gaz européen se retrouve aujourd'hui au carrefour des deux grands évènements imprévus de la planète énergétique ces dix dernières années: le boom du gaz de schiste américain, et Fukushima.

Avec l'arrêt de tous les réacteurs nucléaires japonais, l'appétit déjà croissant de l'Asie pour le gaz (notamment sous sa forme liquéfiée, le GNL) s'est fortement accru, tous comme les prix asiatiques. Les méthaniers, qataris notamment, qui avaient permis à l'Europe de se passer un peu des Russes, mettent le cap en priorité vers la Chine, la Corée ou le Japon, plus lucratifs.

L'attaque terroriste à In Amenas, dans le sud algérien, l'an dernier ou les fréquents arrêts du gazoduc Libye-Italie ont aussi jeté une ombre sur la fiabilité de l'approvisionnement nord-africain.

- A l'Ouest, du nouveau -

"Faute d'augmentation significative des exportations de gaz d'Afrique du Nord et avec l'émergence tardive d'exportations supplémentaires venues d'Azerbaïdjan, (l'approvisionnement européen) se résumera à une concurrence entre la Russie et les producteurs de GNL", a estimé l'Agence internationale de l'énergie dans son récent rapport sur le gaz dans le monde d'ici à 2018.

"Heureusement pour la Russie, la soif de GNL en Asie signifie que l'offre supplémentaire de GNL y sera largement absorbée, ne laissant qu'une faible quantité pour l'Europe", notait l'agence.

Promis depuis de longues années, le nouvel abreuvoir gazier de la mer Caspienne tarde lui à se matérialiser. Les projets de gazoducs dans le "couloir sud" évitant la Russie ont certes un peu avancé, mais devront subir la concurrence de South Stream, le gazoduc soutenu par Gazprom qui doit être inauguré en 2015.

La Norvège, qui espère accroître légèrement ou du moins conforter sa production gazière d'ici à 2020, pourrait profiter d'un positionnement plus méfiant de l'Europe à l'égard de Moscou. Déjà devenu brièvement en 2012 premier fournisseur de l'UE devant la Russie, le royaume scandinave pourrait encore grappiller quelques points de parts de marché, selon des analystes.

Les récentes découvertes en mer dans l'est de la Méditerranée (Chypre, Israël) ont aussi suscité des espoirs européens.

Mais le regard de l'Europe se tourne de plus en plus de l'autre côté de l'Atlantique, vers les surplus de gaz de schiste des Etats-Unis, devenus premier producteur mondial. D'autant que la prospection de gaz de schiste en Europe s'est avérée décevante ou trop controversée jusqu'à présent.

Les projets d'usines d'exportation de GNL américaines se sont multipliés, bien qu'une seule (Sabine Pass) soit en chantier. Quatre autres sont à un stade d'autorisation relativement avancé.

"Le GNL américain devrait devenir la principale source d'approvisionnement d'urgence dans le monde, ce qui sera particulièrement précieux pour les acheteurs européens", souligne Will Pearson, analyste d'Eurasia.

Mais les premières cargaisons américaines n'arriveront qu'en 2016, "et la mise en route sera progressive", tempère-t-il. D'autant que l'Asie devrait là aussi attirer une bonne partie des méthaniers.

En attendant ce GNL américain, l'Europe reçoit déjà le charbon dont les Etats-Unis n'ont plus autant besoin. Un charbon polluant qui s'est avéré un substitut important au gaz depuis deux ans en Europe.

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