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Hongrie: dernier raout de l'opposition de gauche avant les élections

14/03/2014 11:00 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

A peine audible jusqu'ici, l'alliance des forces de gauche en Hongrie veut profiter des célébrations de la fête nationale samedi pour s'affirmer comme une rivale sérieuse au Premier ministre Viktor Orban, grand favori des élections législatives du 6 avril.

"L'enjeu est important pour l'opposition, car elle doit démontrer que sa campagne est efficace, qu'elle est capable de faire preuve d'unité et de mobiliser ses sympathisants", explique à l'AFP le politologue Csaba Toth, de l'institut Republikon.

La tâche s'annonce ardue, d'abord parce que ce rassemblement de la gauche et de formations libérales, officialisé dans la douleur à la mi-janvier, apparaît plus comme un mariage de raison entre partis et leaders qui se méfient les uns des autres.

Ensuite, l'omniprésence du parti conservateur Fidesz, à la radio, à la télévision ou dans les rues -où il tourne en dérision ses adversaires-, fait paraître la gauche bien pâle.

Le niet opposé par le pouvoir à un débat électoral télévisé pénalise aussi l'opposition. Viktor Orban a fait mauvaise figure dans le passé dans ses face-à-face et rechigne depuis à se soumettre à cet exercice.

Le dernier sondage du 13 mars de l'institut IPSOS crédite le Fidesz de 32% des intentions de vote (contre 30% début février), l'alliance de 23% (inchangé), le parti d'extrême droite Jobbik de 11% (contre 9%).

"Les sympathisants de la gauche sont moins déterminés à voter que ceux de la droite, c'est un grand problème" pour l'opposition, souligne Csaba Fodor, politologue chez l'institut Nezopont Intezet.

"Tout peut arriver en trois semaines", estime toutefois M. Toth qui n'exclut pas une remontée de l'opposition, y compris du Jobbik. Ce dernier a adouci son image ces derniers mois. Il s'est tourné vers les jeunes et a renoncé à sa rhétorique raciste.

Le climat de "peur" créé par le gouvernement Orban, où celui qui vote contre le Fidesz est accusé de voter aussi contre la Hongrie, porte préjudice à la gauche, estime Gordon Bajnai, un ancien chef de gouvernement (technocrate, 2009-2010) et une des grandes figures de l'alliance.

La majorité des Hongrois "veut le changement", estime-t-il dans un entretien au site d'information Index vendredi. Mais "la question décisive est de savoir si la peur les retiendra (ou non) à la maison le jour du vote".

-Symbole-

Le choix par la gauche du 15 mars pour son dernier rassemblement avant les élections est symbolique. Il marque à la fois l'anniversaire du soulèvement de 1848 contre les Habsbourg et la journée de la liberté de la presse.

Les deux sont liés dans le pays, car les jeunes révolutionnaires avaient à l'époque fait d'une presse libre leur première revendication.

Or le gouvernement de Viktor Orban est accusé d'avoir largement muselé les médias depuis son arrivée au pouvoir en 2010.

L'opposition espère attirer plusieurs dizaines de milliers de personnes. Outre Gordon Bajnai, l'ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsany (2004-2009) et le président du MSZP (socialiste) Attila Mesterhazy, qui est le challenger officiel de Viktor Orban, seront présents.

Les conservateurs n'ont pas prévu de mobiliser leurs troupes, leur dernière démonstration de force avant les élections devant avoir lieu le 29 mars lors d'une "marche pour la paix", organisée par une ONG proche du Fidesz.

Le chef de gouvernement s'exprimera devant le Musée national, d'où est partie la révolution en 1848. Il devrait prononcer un "discours calme", soulignant "les succès du gouvernement" comme la baisse des prix de l'énergie domestique, point central de sa campagne, estime le politologue Csaba Fodor.

Il y a deux ans, Viktor Orban avait choisi cette tribune pour fustiger l'Union européenne (UE). "Nous ne serons pas une colonie", avait-il lancé, rejetant les "diktats" de Bruxelles.

A cette époque, les tensions étaient vives avec l'UE, qui avait demandé au gouvernement de revoir plusieurs fois sa copie sur des lois jugées liberticides dans les domaines des médias, mais aussi de la justice, ou de l'indépendance de la banque centrale.

mg-ilp/jr

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