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Algérie: 61 blessés dans des affrontements dans le sud (agence)

14/03/2014 11:42 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

Soixante et une personnes ont été blessées, dont huit dans un état "très grave" brûlées à l'acide, et des dizaines de locaux incendiés depuis 24 heures dans des affrontements intercommunautaires à Ghardaïa, ville du sud algérien, a rapporté vendredi l'agence de presse APS.

Un important dispositif des forces anti-émeutes de la police, appuyées par des unités d'intervention de la Gendarmerie nationale, a été redéployé dans les différents quartiers "chauds" et a fait usage de bombes lacrymogènes pour calmer la situation.

De décembre à février, la ville de Ghardaïa, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco et située aux portes du Sahara algérien, et sa région ont été le théâtre d'affrontements entre Chaâmbas (Arabes) et Mozabites (Berbères) qui ont fait au moins quatre morts parmi les Mozabites et plus de 200 blessés.

Depuis un mois, la ville vivait dans un calme relatif mais des affrontements ont repris mardi.

Interrogé dans l'après-midi par téléphone par l'AFP, un notable, Mohamed Tounsi, a indiqué que "des centaines de jeunes s'affrontent en ce moment" dans sept quartiers du site historique multicentenaire, faisant état de combats "au corps à corps".

Selon une source hospitalière citée par l'agence APS, 61 personnes blessées par des projectiles ont été soignées dans l'hôpital de Ghardaïa et la clinique privée Oasis.

Huit d'entre elles sont dans un état jugé "très grave", dont quatre brûlées et défigurées au vitriol et autres acides, a précisé cette source.

"Ces événements ont été d'une violence rare", a déclaré un habitant à l'agence algérienne, ajoutant que les pavés des trottoirs avaient notamment servi de projectiles.

"Des dizaines de magasins et de nombreuses maisons ont été incendiés", a indiqué M. Tounsi.

Cinquante-deux commerces et habitations ont été pillés puis incendiés, selon l'APS, et les pompiers avaient du mal à circonscrire les flammes vendredi après-midi en raison de l'étroitesse des ruelles de la cité.

Les feux, selon la même source, sont allumés par des jeunes cagoulés.

"Ghardaïa s'est embrasée. C'est le feu partout. Il y a des échauffourées partout", s'est écrié par téléphone à l'AFP Bouamer Bouhafs, président de la fondation des Chaâmbas.

"Cette fois-ci, la situation est bloquée. On ne voit pas d'issue", s'est-il alarmé.

Jeudi, Ahmed Baba Aissa, le porte-parole du comité de coordination --créé en décembre pour tenter de calmer la situation--, avait fait état d'une centaine de blessés depuis le début des heurts mardi.

La dernière flambée de violences semble avoir été provoquée par le retour d'habitants mozabites vers leurs maisons incendiées en janvier et dans lesquelles ils n'étaient pas retournés, selon Mohamed Djelmami, commerçant et ancien responsable de la communauté mozabite, cité par le quotidien El-Watan vendredi.

Ces familles mozabites ont été accueillies par des jets de pierres ce qui a provoqué le nouvel embrasement, selon lui.

L'affaire suscite émoi et inquiétude à Alger où une manifestation de dizaines d'habitants de Ghardaïa s'est tenue vendredi, sous des pluies diluviennes, devant la maison de la presse.

"Où est la main de fer promise par le ministre de l'Intérieur", "Où sont les 6.000 policiers" promis pour calmer la situation, ont-ils scandé en arabe.

"Oui à la stabilité de l'Algérie", ont encore martelé les manifestants, reprenant à leur compte le slogan phare des partisans du président Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, qui se présente à un 4e mandat.

A la mi-janvier, le Premier ministre Abdelmalek Sellal, devenu jeudi directeur de campagne du président Bouteflika, s'était rendu à Ghardaïa pour tenter de calmer la situation, apparemment en vain.

Cette escalade de violences intervient en effet en plein préparatifs de la présidentielle, le 17 avril, lors de laquelle s'opposeront six candidats.

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