DIVERTISSEMENT

La pièce de Tremblay «Albertine en cinq temps» fête ses 30 ans au TNM (CRITIQUE/PHOTOS)

14/03/2014 04:41 EDT | Actualisé 14/03/2014 05:31 EDT
VINCENT CHAMPOUX

À l’exception des Belles-Sœurs, Albertine en cinq temps est l’œuvre de Michel Tremblay la plus jouée à travers le monde. À l’occasion de son 30e anniversaire, plusieurs interprètes et artisans des versions précédentes se sont mêlés à la foule du TNM, afin d’être témoin de la grandeur de ce texte.

Cinq merveilleuses actrices ont le privilège d’interpréter Albertine à différentes époques de sa vie. Émilie Bibeau (30 ans), Éva Daigle (40 ans), Marie Tifo (50 ans), Lise Castonguay (60 ans) et Monique Miller (70 ans) y vont de monologues, de dialogues intergénérationnels et de discussions avec la sœur de leur personnage, Madeleine, interprétée avec douceur et sensibilité par Lorraine Côté.

La trentenaire s’émeut des images et des odeurs de la campagne, où elle n’aura été qu’une seule fois dans sa vie. En évoquant sa relation difficile avec ses enfants, elle se questionne sur la rage incontrôlable qui bouille en elle depuis toujours.

Dix ans plus tard, on découvre une Albertine pleine de rancœur, qui n’arrive pas à communiquer avec les siens autrement qu’avec colère, alors que son fils s’emprisonne dans son esprit malade et que sa fille fait les 400 coups. La cinquantaine se veut plus légère, désormais délestée du poids de la responsabilité parentale et momentanément indifférente aux jugements des autres.

La soixantaine est rattrapée par les remords, étouffée par les médicaments et complètement désillusionnée par la vie. Puis, la septuagénaire essaie de faire la paix avec les soubresauts de son existence et de profiter de son bonheur simple, entre les murs malodorants de sa résidence de personnes âgées.

Les deux Albertines les plus revêches (40 et 60 ans) sont placées en hauteur pendant une majeure partie de la production, alors que les trois autres (30, 50 et 70 ans) évoluent au premier niveau de la scène, en compagnie de leur confidente. Avec grand talent, les actrices arrivent à nous faire croire au lien qui unit chacune de leurs interprétations, tout en définissant parfaitement les contours de leur époque.

Déjà puissant dans sa description d’une femme à travers le temps, le texte de Tremblay est également une habile métaphore du Québec. Aspirant à une vie meilleure, Albertine a sans cesse l’impression d’être différente et portée par quelque chose de plus grand qu’elle. Sa personnalité passionnée est particulièrement claire aux côtés de Madeleine, une femme qui se contente d’un petit bonheur, plutôt que d’espérer un idéal qui pourrait la décevoir.

En 2014, ces symboles de la société québécoise et du rêve souverainiste sont encore d’actualité. Spécialement quand on songe que la mise en scène a été assurée par Lorraine Pintal et que celle-ci pourrait quitter la direction artistique du TNM si elle est élue lors des prochaines élections provinciales dans la circonscription de Verdun, sous la bannière du Parti québécois.

Ironiquement, on remarque qu’elle a opté pour la simplicité, la sobriété et l’efficacité, plutôt que d’apporter un souffle nouveau à l’œuvre. Un choix facilement justifiable par la puissance des mots de Tremblay. Mais imaginez à quoi on aurait eu droit si un metteur en scène avait pris le parti de l’audace avec ce grand texte ?

«Albertine en cinq temps»

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