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Russie protectrice ou Ukraine "fasciste" : la Crimée choisit dimanche

13/03/2014 06:22 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT

Le choix proposé par les grandes affiches qui fleurissent le long des routes de Crimée, à trois jours du référendum organisé par les autorités pro-russes, est simple et caricatural: une Russie protectrice, ou l'Ukraine marquée d'une croix gammée.

Sur une affiche, la carte de la péninsule ukrainienne est colorée en rouge, mangée de fils de fer barbelés et ornée d'une croix gammée. Sur l'autre, la même carte arbore les couleurs tricolores et rassurantes du drapeau de Moscou.

La menace "nazie" ou "fasciste" est évoquée avec insistance par Moscou et des groupes pro-russes pour attaquer les nouvelles autorités de Kiev. Cette propagande rappelle la collaboration de nationalistes ukrainiens anti-soviétiques avec l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

"Le 16 mars", dit le slogan, "nous choisissons".

Moins de trois semaines après que des hommes armés ont pris le contrôle du parlement de la province et installé un gouvernement pro-russe, les 1,5 million d'électeurs de Crimée sont appelés dimanche à voter en faveur d'un rattachement à la Russie, dont elle faisait partie jusqu'en 1954 avant d'être rattachée à l'Ukraine par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev.

Dans une région peuplée à plus de 60% d'Ukrainiens d'origine russe, l'issue de la consultation électorale ne fait de doutes pour personne.

Le pouvoir de Simféropol, appuyé par les milliers de soldats russes qui sont entrés en Crimée et encerclent les casernes où sont prisonniers les soldats fidèles à Kiev, assurent que ce référendum est légitime et que le scrutin sera transparent.

"Tous les électeurs de Crimée vont pouvoir s'exprimer de façon démocratique" a assuré mercredi le vice-premier ministre de la région Roustam Temirgaliev, lors d'une conférence de presse. "Nous sommes certains que la Fédération de Russie nous acceptera en son sein à l'issue du vote".

- Constitution de 1992 -

Les électeurs vont devoir répondre à deux questions:

- "Approuvez vous la réunification de la Crimée avec la Russie comme membre de la Fédération de Russie ?"

- "Approuvez-vous la restauration de la Constitution de Crimée de 1992 et le statut de la Crimée comme faisant partie de l'Ukraine ?"

La constitution de 1992, adoptée après la disparition de l'Union Soviétique en 1991 mais rapidement abolie, prévoyait pour la péninsule un statut d'Etat indépendant au sein de la république d'Ukraine.

Des fonctionnaires fidèles à la nouvelle administration posent le long des routes et dans les villes de la péninsule les affiches qui, toutes sur le même ton, qualifient de "fascistes" tout ce qui vient du Nord.

Soutenu par les Occidentaux, le gouvernement mis en place à Kiev après le renversement du président pro-russe Viktor Ianoukovitch le 23 février a dénoncé ce référendum qu'il qualifie d'illégal, simplement destiné à légitimer l'annexion par Moscou de la Crimée.

- Boycott des Tatars -

Aucune campagne publique n'est organisée en faveur du "non". Les dirigeants de la communauté Tatar, qui représente de 12 à 15% de la population de la péninsule, ont appelé au boycott alors que les partisans du maintien au sein de l'Ukraine, souvent objets de menaces et d'intimidations, se font discrets.

Pour Evguen, 52 ans, membre du mouvement pro-européen Euro-Maïdan trop effrayé pour révéler son patronyme, "il n'y a aucune raison d'aller voter dimanche. Ce référendum est une tentative illégale de justifier l'occupation russe".

Selon lui, la plupart des habitants de la péninsule "ne veulent pas vraiment que la Crimée soit russe". "Mais nous sommes occupés et les gens ont peur", affirme-t-il.

Roustam Temirgaliev a indiqué que plus de 1.200 bureaux de vote seront ouverts dans la région de 08H00 (06H00 GMT) à 20H00 (18H00 GMT). Environ 1,5 million de personnes sont enregistrées sur les listes électorales datant de 2012. Le résultat sera validé si le taux de participation dépasse les 50%.

"Nous sommes certains que plus de 80% de la population de Crimée participera" a assuré le vice-premier ministre.

"Personne ne peut prétendre qu'il va s'agir d'un vote démocratique" estime pour sa part Keir Giles, spécialiste de la Russie au groupe de réflexion londonien Chatham House.

"Un vote démocratique prévoirait la possibilité d'un retour de la Crimée au statut de région autonome au sein de l'Ukraine, ce que ce référendum ne fait pas".

Selon lui l'intégration de la péninsule au sein de la Fédération de Russie devrait être "rapide" à l'issue du scrutin.

Evguen, l'activiste pro-européen, assure que les partisans d'un maintien au sein de l'Ukraine peinent à sa projeter dans l'avenir. "Nous ne savons pas ce qui va se passer", dit-il. "Nous sommes en état de guerre, nous vivons au jour le jour".

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