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Présidentielle en Syrie: Damas exclut de facto les opposants, Brahimi met en garde

13/03/2014 11:00 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT

Le médiateur international Lakhdar Brahimi a mis en garde jeudi contre la tenue d'une élection présidentielle en Syrie, dont seront de facto exclus les figures de l'opposition selon les clauses d'une nouvelle loi électorale approuvée par le parlement syrien.

Un tel scrutin, qui devrait se tenir en mai ou juin mais dont la date n'a pas encore été annoncée officiellement à Damas, sonnerait le glas des négociations devant mettre fin à trois ans de conflit, a estimé M. Brahimi.

"S'il y a une élection, je soupçonne que l'opposition, toute l'opposition, ne sera probablement pas intéressée pour discuter avec le gouvernement", a-t-il déclaré à la presse après s'être adressé au Conseil de sécurité de l'ONU.

Le président Bachar al-Assad a fait part de son intention de se représenter pour un nouveau mandat de sept ans et est assuré de l'emporter.

Selon des diplomates présents à la réunion à huis clos, M. Brahimi a dit "douter fort que la réélection du président Assad pour un nouveau mandat de sept ans puisse mettre fin aux souffrances du peuple syrien".

Interrogé sur l'élection présidentielle, l'ambassadeur syrien Bachar Jaafari a estimé qu'il s'agissait "d'une question relevant de la souveraineté de la Syrie et qui ne peut être décidé que par le peuple syrien".

Le parlement syrien a approuvé jeudi les clauses portant sur la présidentielle dans le cadre d'une nouvelle loi électorale, selon l'agence officielle Sana, à moins de quatre mois du scrutin au suffrage direct.

- Avoir vécu en Syrie depuis 10 ans -

Tel qu'approuvées, les clauses empêchent de facto les figures de l'opposition en exil de se présenter face au président Assad, car elles stipulent que le futur président doit avoir vécu en Syrie pendant les 10 dernières années de manière continue.

Le départ de M. Assad est la principale revendication de l'opposition qui lutte pour le renverser depuis trois ans. Le président syrien, qui n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature, avait affirmé en janvier dans une interview exclusive à l'AFP qu'il y avait "de fortes chances" qu'il se représente.

En théorie, la loi donne pour la première fois depuis des décennies la possibilité à plusieurs candidats de se présenter, conformément à une nouvelle Constitution approuvée en 2012, en pleine guerre.

Celle-ci, passée lors d'un référendum qualifié de "plaisanterie" par l'opposition, a instauré le "pluralisme politique" en abolissant la suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle.

Les électeurs doivent être convoqués entre 60 et 90 jours avant la fin du mandat de M. Assad le 17 juillet.

Depuis l'ascension du clan Assad en Syrie en 1970, avec Hafez al-Assad, père de Bachar, la présidentielle est en réalité un plébiscite étant donné qu'il y a toujours eu un candidat unique.

Porté au pouvoir en 2000 après la mort de son père, M. Assad a été reconduit en 2007. Il a mené une brève ouverture avant que son régime ne se ferme de nouveau, jusqu'à l'éclatement de la révolte populaire en mars 2011 qui s'est transformée par la suite en une guerre civile à la suite de la violente répression du pouvoir.

Un ancien procureur international de l'ONU, David Crane, a évoqué jeudi soir à Paris le camp de concentration d'Auschwitz en parlant de la Syrie.

Auteur principal d'un récent rapport avec deux autres anciens procureurs internationaux, étayé de multiples photos accusant le régime syrien de tortures à grande échelle, David Crane a jugé que la Syrie était "un exemple classique" d'un pays où sont commis des "crimes contre l'humanité".

A l'issue de la réunion à New York, l'ambassadrice luxembourgeoise Sylvie Lucas, qui le préside en mars, a indiqué que le Conseil de sécurité n'avait pu se mettre d'accord sur une déclaration commune. Le Conseil est profondément divisé sur le dossier syrien entre Occidentaux pro-opposition et la Russie, alliée de Damas.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a d'ailleurs indiqué jeudi que les tensions entre la Russie et les Etats-Unis à propos de l'Ukraine risquaient d'entraver la coopération entre les deux pays en Syrie, notamment sur le démantèlement de l'arsenal chimique.

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