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Les tueries non élucidées de Maïdan assombrissent le début d'une nouvelle ère en Ukraine

13/03/2014 07:02 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT

La mort de dizaines de contestataires dans les rues de Kiev sous les balles de tireurs d'élite est couverte d'un voile de mystère qui jette une ombre sur les débuts du nouveau pouvoir ukrainien occupé aujourd'hui à tenter d'empêcher l'expansionnisme de Moscou.

Ces journées sanglantes en février ont profondément marqué la conscience collective, une blessure que seule la traduction en justice des tueurs pourra guérir.

Tous les jours, des centaines de personnes allument des cierges et placent des gerbes d'oeillets rouges sur les barricades autour du Maïdan où une centaine de personnes sont tombées. En même temps, les Ukrainiens déplorent la lenteur du gouvernement à identifier les responsables et certains le soupçonnent même de dissimuler la vérité.

"J'ai le sentiment qu'ils tentent de jeter tout cela aux oubliettes", dit Igor Boulbas, 29 ans, venu rendre hommage aux victimes dont les portraits couvrent une sorte de monument aux morts improvisé dans le centre de Kiev.

Parmi les centaines de visiteurs en deuil, on rencontre aussi Maxim Koutcher, un architecte trentenaire qui avait participé aux trois mois de manifestations ayant abouti au renversement du président Viktor Ianoukovitch.

"On entend beaucoup de discours, mais jusqu'à présent je n'ai vu personne être puni" pour les meurtres, dit-il, devant les affiches et photos de la "brigade du ciel" des morts, décorées de rosaires.

Guennadi Moskal, parlementaire et ancien vice-ministre de l'Intérieur, est l'un des critiques les plus acerbes des lenteurs de l'enquête.

- Lenteurs de l'enquête -

Il accuse les nouvelles autorités de créer la confusion alors qu'en fait, selon lui, les services de sécurité sont responsables des tirs mortels.

L'ancien général de police balaie d'un revers de la main les propos du ministre de l'Intérieur par intérim Arsen Avakov attribuant les tirs à une "tierce partie qui n'était pas ukrainienne", une manière implicite d'accuser les Russes.

Le nouveau chef des services de sécurité Valentin Nalivaïtchenko a lui aussi évoqué des snipers "probablement de nationalité étrangère" et affirmé que les accusations contre son institution étaient autant de mensonges.

Mais pour Guennadi Moskal, de telles explications sont trop faciles.

- 'Chacun sait' -

"La hiérarchie au ministère de l'Intérieur n'a pas été remaniée. Donc à qui pourrait-on confier l'enquête sur ces crimes ? Vont-ils enquêter sur eux-mêmes?", a-t-il asséné dans une interview au journal Zerkalo Tyjnia.

"C'est trop facile d'accuser une tierce partie et de ne rien faire", a-t-il poursuivi, avant de reprocher aux nouvelles autorités de n'avoir pas arrêté Ianoukovitch quand ce dernier quittait le pays. Il pense que le président déchu a pu "donner en personne l'ordre d'opérations des forces spéciales" ayant peut-être conduit aux tueries.

"Il est clair que nos snipers ukrainiens étaient avec leurs fusils sur les positions de tir quand les gens ont été tués", estime M. Moskal.

"Les chefs des forces spéciales se promènent maintenant en disant aux journalistes qu'il y a des incertitudes sur qui a tiré. Qui pourrait croire leurs histoires ? Pourquoi personne n'a saisi les armes de ces groupes de tireurs ?", demande-t-il.

La journaliste et militante Olga Khoudetska a écrit sur sa page Facebook qu'attirer l'attention sur les snipers était "extrêmement commode", car cela fait oublier des centaines de fonctionnaires des services de sécurité qui ont brutalisé les contestataires et en ont enlevé et tué certains par d'autres moyens.

Faisant rebondir la controverse, le chef de la diplomatie estonienne Urmas Paet a rapporté, lors d'une conversation téléphonique interceptée avec son homologue européenne Catherine Ashton, une rumeur selon laquelle "quelqu'un de la nouvelle coalition" pourrait être derrière les massacres.

La Russie a saisi la balle au bond pour demander aux Nations unies une investigation sur cette possibilité, tandis que le Conseil de l'Europe prévoit une enquête internationale en collaboration avec Kiev.

Les occupants du Maïdan, le haut lieu de la révolution ukrainienne, s'irritent de ces va-et-vient diplomatiques et jurent de rester sur la place jusqu'à ce que toute la lumière soit faite - et le plus rapidement possible - sur la mort de leurs camarades.

"Chacun sait qui l'a fait, mais ils se taisent maintenant", dit, l'air renfrogné, Mykola Prokhorov, un garde de 25 ans, membre des unités d'autodéfense du Maïdan.

"On va d'abord régler le problème en Crimée, et ensuite on s'occupera de cela", ajoute-t-il.

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