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Le questionnaire Laferrière de Vickie Gendreau, ex-danseuse nue qui a publié son Testament

13/03/2014 02:40 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT
Capture d'écran

À 23 ans, Vickie Gendreau, ex-danseuse nue, a publié son Testament (Le Quartanier) après avoir reçu un diagnostic de tumeur au cerveau.

L'auteure est décédée en mai 2013. Quelques mois avant sa mort, elle avait pris le temps de répondre au questionnaire Laferrière, version revue et corrigée du célèbre questionnaire de Proust.

Voici ses réponses, alors que la version théâtrale de son roman coup de poing vient de prendre l'affiche au théâtre de Quat'Sous, à Montréal.

1. Si vous étiez la petite Alice, choisiriez-vous de rester dans le monde magique de l'autre côté du miroir ou de revenir dans la réalité pour raconter votre histoire?
Je resterais dans le monde magique à condition que je puisse y trouver un éditeur pour publier mes histoires.

2. S'il y avait le feu chez vous, quel objet précieux emporteriez-vous?
Mon ordinateur.

3. De quoi avez-vous encore peur?
De la mort, des scorpions et de prendre le métro seule. Il ne faudrait pas que je rencontre un scorpion dans le métro et que dehors ce soit l'Apocalypse. Faudrait vraiment pas.

4. Souhaiteriez-vous avoir eu une enfance malheureuse si c'est la seule condition pour écrire une œuvre?
Non. Mon enfance est parfaite comme elle est. J'étais une petite fille gênée un peu looser qui suivait la horde des filles populaires. Je portais quasiment toujours des tresses, je jouais au soccer, mon demi-frère me poussait dans le potager quand il m'aidait à me pratiquer. Je finissais avec une couette, les genoux verts et quelques bleus. C'était ça, le summum du malheur.

5. Vous réveillez-vous la nuit pour lire ou pour écrire?
Pour écrire, oui, si on veut. Je me réveille souvent avec des sueurs froides et je me dis que tant qu'à être réveillée, je devrais écrire. Ce que je fais. La nuit, c'est précieux dans mon processus créatif.

6. Ressentez-vous de l'angoisse ou de l'excitation quand vous commencez à écrire?
De l'excitation. Je ne peux me permettre un break d'angoisse quand j'écris. Je mets de la grosse musique électro dans mes écouteurs et je me lance.

7. L'obscurité vous apaise-t-elle, ou vous fait-elle peur?
Elle m'apaise. Je suis un peu chicken quand je suis toute seule, mais il suffit de me rappeler qu'il y a le monde dehors. J'aime bien écrire à la seule lueur de mon ordinateur, sur fond noir en vert alien.

8. Avez-vous de la réticence à jeter le moindre papier imprimé, ou faites-vous le ménage constamment dans vos tiroirs?
Mes tiroirs sont pleins de vieilles versions de textes. Depuis que j'ai une imprimante dans ma vie, c'est de pire en pire. Je garde même les brouillons. J'écris une phrase, je l'imprime, je la range. Mes tiroirs ne débordent jamais, je ne leur en laisse pas le temps. Heureusement.

9. Vous voyez-vous en chat ou en chien?
En chat, chatte en fait, qui joue du piano.

10. L'amour éteint-il la flamme créatrice chez vous ou l'allume-t-il?
L'amour est à sens unique dans ma vie. La douleur est ma flamme créatrice principale. Cela étant dit, c'est pas mal au centre de tout. C'est cette quête vaine du grand amour qui m'anime.

11. Vous rappelez-vous vos rêves ou sont-ils trop flous?
Avec les médicaments, c'est différent. Je me souviens de mes rêves, grosso modo. J'en fais souvent des vides. Des rêves où je dors. Des rêves où j'écris. Après tout, c'est logique : tout ce que je fais, c'est écrire et dormir.

12. Votre couleur préférée?
Mauve. Comme le livre et ma chemise de nuit.

13. Votre saison préférée?
L'été. L'été, c'est la meilleure saison pour être malade.

14. Aimez-vous la contrainte?
Oui. À l'école, en théâtre, je devais faire avec la contrainte, avec un canevas imposé, et écrire les scènes, faire parler des personnages inventés par d'autres que moi, par la collectivité de la classe. C'était un gros défi. C'est formateur, la contrainte. Une grande leçon d'humilité également.

15. Votre but est-il de vivre pour écrire ou d'écrire pour vivre?
Les choses étaient différentes avant, mais disons que maintenant je crois que je vis pour écrire uniquement. Avant, j'oscillais entre les deux. Maintenant, je vis pour écrire. Il y a une grosse horloge rouge au-dessus de ma tête et sur la table, il y a mon ordinateur. Tout le reste, le paysage, les autres, tout est flou autour. Tout ce qui compte, c'est la littérature.

16. Le livre que vous aimeriez avoir écrit?
Les vagues de Virginia Woolf. Ce livre a changé ma vie. C'est d'ailleurs une des inspirations pour Testament.

17. Êtes-vous paranoïaque ou complètement zen?
Là, il me faudrait un juste milieu. La paranoïa n'est pas loin devant et je la poursuis souvent. Or, il m'arrive aussi d'être zen, chatte. J'obsède dans mon divan. Je capote dans mon divan. Je vis de grosses émotions intenses dans mon divan. J'imagine que ça fait de moi une espèce d'hybride.

18. Un après-midi rêvé pour vous?
Le soleil chaud, quelqu'un pour finir ma phrase.

19. Êtes-vous soleil ou lune?
Lune. Je suis un vampire, c'est obligé. Je me suis acheté de la crème solaire pour la première fois depuis des années, récemment. Il y a quelque chose de rassurant dans la pénombre pour moi. Les rues sont désertes et la lune teint un minimum le ciel. Il reste plein de fond noir pour mes petits caractères verts.

20. Entendez-vous des voix?
Non, mais parfois dans les chansons que j'écoute j'entends des situations. Par exemple, en ce moment, il y a un écureuil qui joue du xylophone sur la plage.

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