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Le Québec attend des législatives, les indépendantistes confiants

05/03/2014 12:45 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Le Québec attend mercredi l'annonce d'élections législatives anticipées qui pourraient permettre aux indépendantistes d'arracher la majorité absolue au Parlement, notamment grâce au débat acrimonieux sur la laïcité qui a déchiré la province canadienne francophone.

Une source gouvernementale a confirmé à l'AFP que la Première ministre Pauline Marois, chef du Parti québécois (PQ, indépendantiste), avait l'intention de rencontrer mercredi matin le lieutenant-gouverneur, représentant de la reine d'Angleterre Elizabeth II, chef de l'Etat du Canada, pour lui demander de dissoudre l'Assemblée nationale.

Le scrutin devrait ainsi avoir lieu le 7 avril, 19 mois après le précédent scrutin que le PQ avait remporté, sans toutefois décrocher la majorité absolue.

Le déclenchement de ces élections était devenu un secret de polichinelle ces dernières semaines, alors que les différents partis fourbissaient leurs armes et que le gouvernement du Parti québécois faisait pleuvoir des centaines de millions de dollars d'investissements aux quatre coins du Québec.

Depuis mardi, déjà, les slogans des deux principales formations d'opposition étaient connus. Au pouvoir entre 2003 et 2012, le Parti libéral (PLQ, centre-droite) a choisi "Ensemble on s'occupe des vraies affaires", tandis que la Coalition Avenir Québec (CAQ, droite) a voulu jouer sur le nom de son leader François Legault --"On se donne Legault"-- et le verbe anglais "go" signifiant "aller".

La tenue du scrutin était inévitable depuis que le PLQ et la CAQ avaient annoncé leur intention de voter contre le budget.

Un récent sondage crédite le Parti québécois de 40% d'intentions de vote, contre 34% pour le PLQ.

- Charte polarisante -

Les indépendantistes tirent profit de leur position ferme dans le débat sur la laïcité, qui enflamme les passions et monopolise l'attention de l'opinion publique depuis la fin de l'été dernier.

Le gouvernement veut interdire au personnel des fonctions publique et parapublique de porter des signes religieux ostentatoires dans l'exercice de leur fonction, comme le hijab ou la kippa, selon un projet de loi présenté en novembre et qui n'a toujours pas été adopté.

En rupture totale avec le multiculturalisme canadien, ce projet de loi a fait apparaître de nouvelles lignes de faille dans la société québécoise, divisant aussi bien les indépendantistes que les fédéralistes, mais davantage ces derniers.

Ainsi, le Parti libéral de Philippe Couillard a pris fait et cause contre l'interdiction des signes religieux, et semble en payer le prix, notamment dans l'électorat francophone (80% de la population).

La polarisation que suscite le débat nuit également à la CAQ, qui défend une position modérée sur la laïcité. La CAQ, qui avait recueilli 27% des voix aux élections en 2012, stagne à 16% dans les intentions de vote et risque de voir le PQ lui ravir plusieurs circonscriptions majoritairement francophones autour de Montréal.

Le PQ aborde la campagne en position de force, lui qui vient de donner le feu vert à l'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti, un joyau de la nature grand comme la Corse dans le golfe du Saint-Laurent. Cette mesure réclamée à cor et à cri par les milieux d'affaires prive les deux grands partis d'opposition de leur principal cheval de bataille traditionnel: l'économie.

Sur la question de la séparation du Québec du reste du Canada, le Parti québécois refuse de s'engager à tenir un référendum s'il obtient la majorité, mais n'écarte pas qu'il y en ait un "au moment approprié". "J'aimerais que ce soit le plus tôt possible", mais "sans bousculer les Québécois", a dit Mme Marois.

Les Québécois ont voté deux fois contre l'indépendance, en 1980 et en 1995.

L'hypothèse d'un gouvernement souverainiste majoritaire à Québec, qui serait une première depuis 1998, a cependant de quoi donner des poussées d'urticaire à la classe politique à Ottawa, qui n'a pas pu trouver la façon d'accommoder les aspirations autonomistes du Québec au sein du cadre fédéral depuis le référendum de 1995, perdu de justesse par les indépendantistes.

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